L’actu du bien commun – mars 2021 (réservé aux membres d’Entreprise et Progrès)

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Économie

Vers une nouvelle gouvernance

La remise en cause de la gouvernance économique avait déjà fortement débuté avec les crises sociales et économiques engendrées par la fin des Trente Glorieuses, ainsi que par la montée de la revendication écologique. Mais comme pour le reste, c’est peut-être la crise de la Covid-19 qui actionnera le domino décisif : les fondements de la gouvernance économique sont maintes fois remis en question. 

Désormais, les critiques sont de plus en plus fortes : sur le partage très inégal de la valeur, sur l’hyper-financiarisation, sur le poids croissant des actionnaires et des fonds activistes… Les interrogations s’amplifient : n’est-il pas temps de changer tout cela ? De mettre de l’ordre ?

La gouvernance des entreprises doit vivre sa révolution pour marcher désormais au rythme de la société, voire la devancer”, peut-on notamment lire. Face à l’accélération des transformations que doivent vivre les entreprises, il s’agirait désormais de mettre en place une gouvernance fondée sur le dialogue : co-construire une stratégie de création de valeur durable, ré-organiser le partage de cette valeur, instaurer un dialogue actionnarial.

Pour cela, les préconisations convergent : il faut plus de régulation, encadrer, contrôler, mettre des limites. L’enjeu semble être de réinventer le contrat social entre l’État et l’entreprise, peut-être jusqu’à réinventer l’État stratège, dont le rôle pourrait être d’orienter les entreprises vers l’intérêt général. 

Certains dossiers sont d’ailleurs déjà en cours d’élaboration. On parle ainsi régulièrement d’indexer les rémunérations des dirigeants sur leur performance extra-financière. Sur le thème de la gouvernance partagée, la Loi PACTE avait instauré en 2019 l’importance des parties-prenantes dans la gouvernance économique, mais cela devrait se poursuivre… En première ligne ? Le renforcement du dialogue interne, avec une prise d’importance du CSE dans la gouvernance de l’entreprise sur les sujets de développement durable. Le MEDEF, plutôt sollicité sur ce point, a d’ailleurs choisi de répondre à cet appel pour une nouvelle gouvernance : il lance 8 grands dossiers pour renouveler le dialogue entre les partenaires sociaux.

Reste à savoir si les acteurs économiques seront proactifs ou attentistes dans cette révolution qui s’annonce. Mais déjà certains s’activent : il y a celles, à l’image de “C’est Qui le Patron ?”, qui ont fait de la gouvernance partagée un modèle. Modèle qui s’exporte bien, d’ailleurs. Il y a aussi celles, à l’image d’Aigle, qui deviennent déjà entreprise à mission, avec toute la nouvelle gouvernance que cela implique. D’autres misent sur la raison d’être, un premier pas prisé au sein du CAC40. Et cela tombe bien, car c’est justement le thème du Baromètre 2021 d’Entreprise et Progrès, qui met en évidence les 10 indices pour une raison d’être transformative… Des indices alignés avec les enjeux de la nouvelle gouvernance économique qui émerge.

La finance

au service de l’intérêt général

Parmi les transformations en cours, il est intéressant de s’arrêter sur celles qui bouleversent la finance. Car là aussi, le vent souffle. 

Récemment, les activistes de WallStreetBets, quelques boursicoteurs particuliers, ont compris que la finance dérégulée pouvait leur servir de terrain de jeu politique. Résultat : les places mondiales sont passées très près d’un chaos historique. Encore plus près de nous, les remous causés par les hausses (et les baisses) du BitCoin et des cryptomonnaies ont encore agité les cours. Au point que la BCE appelle déjà à une régulation de ces monnaies alternatives.

Là encore, de plus en plus de voix s’élèvent pour engager la finance dans une nouvelle forme de régulation qui la (re)mettrait au service de l’intérêt général. Certains évoquent des institutions internationales de régulation de la finance, pour garantir les biens communs. D’autres appellent à l’instauration d’une nouvelle “finance frugale”, libérée de l’hyper financiarisation. 

La future taxonomie verte devrait également permettre d’y voir un peu plus clair en matière de finance durable, tandis que l’AMF vient de créer une certification pour le secteur. On parle même désormais d’un éventuel droit au “Say on climate” pour les actionnaires qui voudraient orienter la stratégie climat des entreprises. 

Les choses bougent. Presque aussi vite que les cours erratiques de ces dernières semaines.

Climat

Un sujet qui monte

Dans cette agitation, le climat reste un sujet majeur. Sujet qui a d’ailleurs repris un peu d’importance ces derniers mois. Avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, on peut dire que 5 ans après, l’Accord de Paris est toujours en vie. Même du côté de la finance, le mouvement semble présent. Pour preuve : la société BlackRock a réitéré cette année son ambition sur le sujet en appelant les entreprises à clarifier leurs stratégies climat à long terme.

Pourtant, les choses ne bougent pas assez vite. En France, la Loi Climat qui s’annonce semble d’ores et déjà en décevoir plus d’un car elle serait incapable de permettre au pays d’atteindre ses objectifs climatiques. Le projet de loi « Climat et Résilience » concrétise une partie des 146 propositions de la Convention citoyenne pour le climat retenues par le chef de l’État pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici 2030. Déposé le 10 février au parlement, il a pour objectifs principaux de faire évoluer les modes de consommation, d’alimentation, de production, de travail, de déplacement, d’habitation, etc. 

Côté entreprises, beaucoup s’engagent vers la neutralité carbone… mais ce concept semble connaître des limites, en tout cas tant qu’une définition exigeante de la notion n’est pas mise en place. 

Face à l’inertie du système économique, c’est peut-être de la justice que viendra le déclic. De plus en plus, le concept de justice climatique se matérialise, et il pourrait rapidement devenir un risque réel pour les entreprises

Il y a donc urgence à s’engager sur le sujet. Plus que jamais.

Le Bonus du Bien Commun

Les tendances

Un podcast : Le Sens & l’Action est la série de podcasts du C3D (Collèges des Directeurs du Développement Durable) qui donne la parole à celles et ceux qui s’engagent pour donner du sens à leur action. Partez à la rencontre d’acteurs du changement et de professionnels qui, dans leurs sphères d’influence, œuvrent à changer les choses. Déjà six épisodes disponibles !

Une agence : The Arcane est un cabinet de conseil en gouvernance et en influence récemment créé par Marion Darrieutort, co-présidente d’Entreprise et Progrès, accompagnant les décideurs souhaitant bâtir une performance positive, une performance au service du bien commun. 

Un livre : Dans L’entreprise vraiment responsable, La raison d’être : un levier d’innovation et de performance, l’économiste Patrick Lenain et l’entrepreneur Jean-Noël Felli, spécialiste des enjeux d’innovation et de transformation, proposent un regard croisé sur la responsabilité des entreprises. Découvrez un ouvrage de 224 pages enrichi de témoignages clés et de bonnes pratiques pour “faire de la raison d’être de l’entreprise un levier de croissance et de transformation”. 

Un classement : le Top 50 de l’entrepreneuriat à impact permet de faire connaître, valoriser, et récompenser les structures qui œuvrent pour le bien commun, aujourd’hui et demain. Initié par Carenews et piloté par HAATCH et l’ESSEC, ce classement met en lumière les 50 structures les plus impactantes de 2020 en fonction de thèmes divers tels que la formation professionnelle et l’accès à l’emploi, le lien social et la lutte contre l’exclusion ou encore la consommation responsable. 

Un événement : B for Good se déroulera les 14 et 15 avril et a pour objectif de guider les entreprises souhaitant avoir un impact positif sur leur environnement. Il ne s’agit plus de questionner la nécessité de changer la façon de faire du business mais plutôt de se demander comment mettre en œuvre ce changement. “Quelles conséquences pour la vente, la logistique, les achats, la DSI ou bien encore la finance ? Tous les services de l’entreprise doivent apprendre à travailler différemment”, c’est un vrai challenge et il sera mis en avant lors de cet événement. 

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