L’actu du bien commun – novembre 2021 (réservé aux membres d’Entreprise et Progrès)

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Entreprise durable

En finir avec le temps de l’incitation, et de l’hésitation

Combien de temps encore attendra-t-on l’entreprise durable ? Avec le temps qui passe, et l’urgence écologique qui se précise jour après jour, la question se pose, plus que jamais. 20 ans de RSE incitative, de croyance en l’innovation durable ou dans les promesses trompeuses de la finance verte et de compromis mous n’ont pas permis au monde de l’entreprise de se transformer à la mesure des défis de la transition écologique et sociale.

On ne peut que constater le décalage entre les promesses de durabilité qui s’affichent partout dans la communication des entreprises, et l’état du monde, qui ne cesse de se dégrader, comme le rappelle encore l’Organisation Météorologique Mondiale. Dans les faits : moins d’une entreprise sur 10 mesure réellement ses émissions de CO2. L’impact réel des stratégies climatiques est extrêmement faible. Alors qu’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, déclarait à Glasgow que “notre modèle de développement est un arrêt de mort”, le modèle d’affaires des entreprises, lui, ne bouge pas : la raison d’être et l’entreprise à mission n’ont pas fait basculer l’entreprise vers un modèle durable.

L’habitude occulte l’urgence du changement de paradigme. Mais heureusement, un virage semble se dessiner. En effet, depuis quelques années, les réglementations se durcissent. En France par exemple, le devoir de vigilance, qualifié de “sens de l’histoire économique” par Olivia Grégoire, Ministère en charge de l’Économie Sociale et Solidaire, a amorcé le début d’une responsabilité juridique des entreprises sur les enjeux de développement durable. Le parlement vient d’ailleurs de confirmer ce sens de l’histoire, en confiant l’arbitrage de cette responsabilité juridique aux tribunaux judiciaires. Signe que l’incitation se renforce, jusqu’à la possibilité d’une sanction. L’Europe s’empare aussi du sujet, et en fait sa prochaine bataille, avec la taxonomie verte, qui elle aussi se durcit

Le rapport Rocher, remis récemment au gouvernement, rassemble également des propositions pour accélérer la transition durable de l’entreprise, et notamment de calquer la part variable des dirigeants sur les performances extra-financières. 

Avec tout ça, arrivera-t-on à faire émerger un modèle d’entreprise vraiment durable ? Espérons-le.

Numérique responsable

Entre défis et opportunités

Depuis plusieurs années et d’autant plus avec la pandémie, le numérique s’impose comme un outil indispensable au développement de notre société. La Covid aurait d’ailleurs notamment eu pour effet d’accélérer le progrès numérique de sept ans. Et cette tendance devrait être amenée à s’accélérer dans la mesure où l’on attend de la reprise qu’elle soit digitale. Se développe alors un nouveau type de gouvernance, une gouvernance moderne, donnant aux dirigeants la possibilité de se saisir de ces outils et favorisant ainsi l’excellence opérationnelle

Mais contrairement à ce que l’on a longtemps pu croire, le numérique n’est pas tout vert. Il permet certes notamment de développer le travail à distance, diminuant ainsi à première vue l’utilisation des transports, et l’on envisage même aujourd’hui l’utilisation de l’intelligence artificielle pour lutter contre le réchauffement climatique.

Cependant, digitaliser n’est pas décarboner, et l’hyperconsommation numérique engendre des externalités environnementales à ne pas négliger. Le numérique serait ainsi responsable de 4 % des émissions de gaz à effets de serre, et par numérique entendez l’ensemble des équipements ainsi que les usages en ligne. C’est d’ailleurs dans ce contexte que le débat autour de l’impact écologique et climatique de la 5G a germé. Et si certains semblent optimistes et soulignent de potentielles conséquences positives sur l’environnement, d’autres anticipent surtout un effet rebond qui contribuerait à l’augmentation des usages et donc de la pollution.  

Alors de plus en plus se pose la question : comment rendre le numérique plus écologique ? Évaluer l’impact de son infrastructure, adopter une approche logicielle écologique, repenser la collecte et le stockage de données, former les concepteurs et développeurs… nombreuses sont les possibilités en GreenIT. Il s’agit de trouver de nouvelles pratiques pour utiliser mieux le numérique, le concevoir de façon plus écologique. Dans ce combat, les entreprises sont en première ligne, et particulièrement les DSI

Mais le numérique responsable, c’est plus que ça. C’est s’interroger sur la pertinence des usages numériques. L’avenir sera digital, certes, mais tous les usages digitaux ne sont pas pertinents. Il faut désormais passer de l’ébriété numérique à la sobriété numérique et ce basculement représente une opportunité pour les agences digitales. 

Alors oui, le numérique peut être utile pour améliorer le secteur de la santé. Il peut aussi répondre aux enjeux de l’éducation et de la formation de demain, ou à ceux du télétravail. Mais il ne doit pas être perçu comme la panacée. Et l’objectif doit bel et bien être la sobriété : il est urgent de prioriser les usages en fonction de leur contribution à l’intérêt général.

Finance durable

Effet de mode ou mouvement de fond ?

Ce n’est plus une surprise, intégrer les enjeux environnementaux et sociaux dans la stratégie des entreprises devient inévitable pour la DAF. Il semblerait que la crise de la Covid19 ait amplifié cette tendance en occasionnant une remise en question globale des habitudes de consommation et des modes de production. 

Et pour cause, les investisseurs exercent une pression toujours plus forte vers la prise en compte de l’extra financier et, de plus en plus, la notation des entreprises se fait sur des critères ESG. La multiplication des labels et des régulations en est la manifestation. Et côté ménages, l’engouement pour les fonds dits responsables va croissant également. En effet, 76 % des Français estiment que l’impact des placements sur l’environnement est important

D’autant que les performances sont généralement au rendez-vous. Les fonds ISR en Bourse performent et surpassent dans certains cas les fonds classiques. Les entreprises n’hésitent donc pas à se saisir de ces sujets, à l’instar des six grandes banques françaises qui ont choisi de renoncer au financement des activités liées aux hydrocarbures non conventionnels

Malgré tout, il semble légitime de se questionner sur la portée de ce mouvement : s’agit-il d’un simple effet de mode ? Une éventualité qui vient fragiliser la crédibilité de la finance durable. D’autant que, de plus en plus, des voix s’élèvent pour réclamer davantage de transparence sur les méthodologies et les mesures d’impact. Et pour cause, des scandales liés au greenwashing émergent dans ce secteur. Selon une étude de l’EDHEC, les produits reposant sur des indices boursiers climatiques relèveraient d’ailleurs largement du greenwashing.

Alors, oui, la finance de demain sera responsable ou ne sera pas. Mais attention, sans décarbonation de l’économie, la finance verte restera un leurre.

Le Bonus du Bien Commun

Les tendances

Un livre : Dans Ce que gérer veut dire, Armand Hatchuel, chroniqueur Le Monde, explore la question d’une “bonne gestion” d’une entreprise, d’un État ou encore d’une démocratie durable. D’après lui, bien gérer a pris la forme d’un double défi émancipateur : renforcer la capacité d’innovation collective tout en assumant mieux les responsabilités et les solidarités nécessaires face aux menaces qui pèsent sur le monde et la vie. 

Un classement : Le classement « Echos START », en partenariat avec ChangeNOW, premier classement des grandes écoles les plus engagées dans la transition écologique et sociétale, met en avant le développement de la prise en compte des enjeux de transitions par les acteurs de l’enseignement supérieur. 

Un dictionnaire : Dans le Dictionnaire amoureux de l’entreprise et des entrepreneurs, près de 90 auteurs, dont 59 chefs d’entreprise, tentent de rétablir quelques vérités à propos de l’entreprise, des patrons, de l’argent, du profit… afin de réenchanter l’image souvent négative liée à l’entreprise. 

Une étude : Dans la 3ème édition du baromètre de la perception de la RSE en entreprise, le MEDEF dévoile une forte hausse des enjeux environnementaux et des achats responsables dans la perception du développement durable. Les salariés, globalement en accord avec les valeurs de leur entreprise, ont tout de même une moins bonne perception de l’impact des entreprises sur la société que les années précédentes.

Une convention : Inspirées par la Convention Citoyenne pour le Climat, 150 entreprises se sont réunies à Lille pour élaborer une série de propositions afin de réduire concrètement la pollution dans le secteur de l’économie. L’objectif : aborder leurs impacts négatifs sans tabou afin de placer le curseur le plus loin possible et réfléchir concrètement aux solutions pour repenser le modèle. 

Un événement : La Cop 26 se déroulera du 1er au 12 novembre 2021 à Glasgow. Cinq thèmes seront notamment abordés : adaptation et résilience, nature, transition énergétique, transport routier propre et finance. Ce sommet ne vise pas la signature d’un nouveau traité mais l’intensification des efforts contre le réchauffement climatique via les « contributions déterminées au niveau national » (NDC), ces feuilles de route de réduction des émissions prévues par l’Accord de 2015.

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