L’actu du bien commun – février 2022 (réservé aux membres d’Entreprise et Progrès)

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Le management à l’épreuve

Pénurie de main-d’oeuvre, inflation, démission

En ce début d’année, l’inflation atteint des records en France, à tel point qu’elle se hisse au rang de préoccupation majeure pour les dirigeants dans le monde. Et pour cause, 82% des dirigeants semblent affirmer enregistrer des hausses de leurs coûts, répercutés pour beaucoup sur leurs prix de vente notamment dans l’alimentation. Cela ampute par extension le pouvoir d’achat de beaucoup de Français et attise par la même occasion diverses revendications, notamment autour de l’augmentation des salaires.

Cette inflation risque de durer plusieurs mois et s’accompagne également d’une vague de démission, déstabilisant le marché du travail. Le phénomène, baptisé The Great Resignation et particulièrement observé aux États-Unis, s’explique par une recherche de poste mieux payé ou un meilleur équilibre avec la vie personnelle. Plus de 38 millions de personnes ont ainsi quitté leur travail en 2021. En France, le phénomène s’avère moins profond mais tout de même visible. Il touche principalement les caissières de supermarchés, aides-soignantes, femmes de ménages ont massivement démissionné mais également les PDG, soulignant une fatigue générale et de nouvelles aspirations suite à la pandémie. 

Pour garder leurs talents, les entreprises doivent ainsi redoubler d’efforts. L’intelligence artificielle et la technologie semblent à ce titre constituer des moyens de lutte phare contre ces démissions. Le fait d’identifier les signaux faibles de démotivation au sein d’une équipe permet de prendre les mesures nécessaires rapidement pour anticiper le départ des salariés. Mais cela implique de disposer de ressources humaines à la pointe de la technologie. 

Puis, de façon générale, les entreprises sont appelées à améliorer les conditions d’emploi pour se rendre attractives : aménagement des horaires, diversification des missions, développement des avantages. À ce titre, le management joue un rôle déterminant dans l’adaptation aux nouvelles attentes des salariés. Un management plus humain, rassurant, sain, un management de soutien et d’écoute. Mais aussi un management, et surtout dans un contexte d’essor impressionnant du télétravail, qui doit installer une confiance excluant le contrôle. En bref, un management hybride source d’innovation sociale. Mais attention aux dérives, l’entreprise libérée ne révèle pas que de bonnes surprises

Boom des licornes

Faut-il s’en réjouir ?

En septembre 2019, Emmanuel Macron déclarait qu’en 2025, la France devait disposer d’au moins 25 licornes. Un objectif atteint dès ce début d’année et félicité par le président qui leur reconnaît le pouvoir de valoriser la French Tech, de changer la vie des Français, et de créer des centaines de milliers d’emplois partout en France.

Alors de quoi parle-t-on exactement ? Les licornes sont des startups non affiliées à des grands groupes, spécialisées dans les nouvelles technologies, et valorisées au moins à un milliard de dollars. En bref, il s’agit d’entreprises faisant l’objet d’un fort potentiel de croissance. Et ce type d’entreprises semble exploser ces derniers mois. Un nombre record de 136 licornes seraient ainsi nées durant le deuxième trimestre 2021 dans le monde, six fois plus que l’an dernier à la même période. Mais comment expliquer ces chiffres ? Au sortir d’une année de crise économique mondiale, il semblerait que le contexte soit redevenu favorable aux financements des entreprises. Trois facteurs contribuent donc à cette montée en puissance : l’abondance de liquidités, la maturité de l’écosystème technologique tricolore et un intérêt renforcé des fonds pour ce dernier.

Pour ces entreprises, le statut de “licorne” apporte de la crédibilité, une certaine fierté, de la médiatisation et donc de la visibilité, ouvrant d’autant plus la voie aux investisseurs et éventuels candidats. En France, on compte par exemple Blablacar, Black Market ou encore Deezer. Selon Emmanuel Macron, il ne faut pas s’arrêter là et trouver “le chemin du modèle durable et rentable”. Le président de la République s’est par exemple donné l’objectif d’intégrer « 10 géants de la tech » française d’ici 2030 au niveau européen. Et pour cela, le prochain quinquennat fera face à de nombreux défis.

Mais toute cette frénésie autour des licornes tend à questionner la durabilité de notre économie. Dans un contexte d’urgence climatique, il s’agit aujourd’hui avant tout de sortir de la vision d’un succès forcément lié à la capitalisation boursière. Et certains plaident à ce titre pour une nouvelle grille d’évaluation du succès car actuellement aucune des licornes françaises n’est société à mission, et très peu ont réalisé leur bilan carbone ou possèdent des labellisations RSE. Pourtant, le rôle social et sociétal des entreprises n’a jamais été autant mis en avant. 

La RSE en pleine ébullition

Après avoir passé au moins deux décennies à se structurer, le monde de la RSE et du développement durable en entreprise pourrait commencer à s’ankyloser, à se fossiliser. Pourtant, il n’en est rien : plus que jamais, le secteur semble en ébullition, et les changements qui se profilent semblent énormes.

D’abord, la RSE est en train d’entamer enfin sa mue et se déployer à l’ensemble de l’entreprise. Elle n’est plus seulement un département isolé, mais infuse jusque dans la fonction finance où elle prend un sens nouveau. Désormais, on ne parle plus de responsable RSE mais de Chief impact officer, avec une approche plus globale, qui s’intègre à tous les niveaux de l’organisation pour plus de performance. De nouveaux métiers émergent pour incarner dans les pratiques opérationnelles ce changement de paradigme : place aux responsables biodiversité, aux analyses data ESG ou aux managers décarbonation. 

De nouveaux outils se développent aussi. Désormais, le numérique est au service de la RSE et permet de lui offrir des tableaux de bords, des instruments de pilotage de la performance, des systèmes de gestion instantanés. Les labels et les référentiels RSE continuent eux aussi à se multiplier, au point même qu’on pourrait se demander s’il n’est pas temps d’harmoniser et d’institutionnaliser pour faire émerger une norme RSE 360 plutôt que de multiplier les chapelles.

C’est peut-être d’ailleurs ce qui est en train de se jouer avec les évolutions réglementaires. L’idée d’un devoir de vigilance européen global fait son chemin, et c’est d’ailleurs l’une des priorités de la Présidence française de l’Union Européenne en matière de transition écologique. Se pose aussi la question de préciser l’approche du droit en matière de responsabilité des entreprises et en matière de vigilance, avec une approche centrée sur la pratique. De nombreuses propositions sont sur la table : certains veulent miser sur une approche incitative, d’autres appellent au développement d’un système économique fondé sur les clauses environnementales et sociales obligatoires, plus ambitieuses. 

Une chose est sûre, on n’échappera pas à la transformation de notre système et à l’avènement d’un véritable principe de précaution global, garant de l’intérêt général. Bref, le monde de l’entreprise durable n’est pas prêt de s’arrêter de bouger. Reste à savoir si les entreprises seront à même de suivre cette révolution vers l’économie de demain.

La RSE et l’IA s’invitent parmi les responsabilités de la fonction finance version 2022, le monde du chiffre – 26/01/22

RSE : Pourquoi les « Chief Impact Officers » sont une bonne nouvelle pour réduire l’empreinte environnementale des entreprises, Novethic – 30/12/21

Le Bonus du Bien Commun

Les tendances

Une enquête : Selon la 25e édition du PwC Global CEO Survey, les dirigeants du monde entier, malgré la pandémie actuelle, n’ont jamais été aussi optimistes ces dix dernières années quant à l’amélioration de la croissance économique : pour 2022, 77 % le sont dans le monde, 85 % en France.

Un rapport : Dans L’urgence du temps long, Pascal Demurger, directeur général de la Maif, dévoile un ensemble de propositions visant à réinventer les relations entre la puissance publique et les acteurs privés, entre l’État et la société civile, entre le pouvoir politique et les forces économiques. Seule cette réunification permettra de porter une prospérité durable.

Un métier : Le Chief impact officer a le vent en poupe. Ce poste a pour mission de mesurer d’abord l’impact positif et négatif de l’entreprise (respect de la biodiversité, limitation de l’empreinte carbone, égalité femmes-hommes, bonne gouvernance…) en intégrant à la fois les parties prenantes internes (salariés, cadres, actionnaires, représentants du personnel) et externes (clients, fournisseurs, institution…). Le métier a fait parler de lui dans la mesure où, en mars 2021, le prince Harry a rejoint la startup BetterUp comme Chief Impact Officer.

Un livre : Dans Le dernier de la classe, Antoine Riboud, ancien PDG du groupe Danone et co-fondateur d’Entreprise et Progrès il y a plus de 50 ans, détaille avec malice, à travers de multiples anecdotes, son parcours de dirigeant, entre péripéties et obstination, de la petite entreprise de ses débuts à la prodigieuse multinationale. 

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