L’actu du bien commun – mars 2022 (réservé aux membres d’Entreprise et Progrès)

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Résumé de l’actu

L’actu du bien commun c’est l’actualité du leadership, de l’impact, de la raison d’être et bien d’autres sujets de bien commun décryptés pour vous. Retrouvez dans votre veille de mars un décryptage de l’actualité autour de trois thématiques clés : 

  • Le rôle des entreprises dans la lutte contre le changement climatique
  • La rémunération au coeur de tous les débats 
  • Réguler l’entreprise, réinventer le capitalisme

Climat

Quel rôle doit jouer l’entreprise ?

Le second volet, sur trois, du nouveau rapport du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat), qui fournit aux responsables politiques des évaluations scientifiques périodiques concernant les changements climatiques, leurs incidences et les risques futurs, est sans appel. En attirant l’attention sur les impacts actuels ou imminents du changement climatique, il avertit une nouvelle fois le monde sur les conséquences graves de nos modes de vie et insiste sur l’urgence de développer des solutions. En Europe, par exemple, on compte quatres risques majeurs : une chaleur extrême mortelle, de l’eau plus rare, des inondations et une montée des eaux. Au total, 3,3 milliards d’êtres humains sont ainsi exposés au changement climatique. Mais des solutions existent pour atténuer ces impacts. Le rapport place notamment la gouvernance et la coopération comme enjeux majeurs, prônant ainsi l’action collective.

Mais quel rôle peut jouer l’entreprise dans la lutte contre le changement climatique ? 79 % des Français pensent que si les entreprises n’agissent pas maintenant pour combattre le changement climatique, elles manqueront à leurs obligations envers leurs employés mais aussi leurs clients. Alors s’engager est évidemment indispensable et très attendu, mais comment ? Investissement et résilience sont à la base de ces transformations afin de réduire ses impacts négatifs et s’adapter aux effets du changement climatique. D’autant que l’entreprise, grâce à l‘investissement dans l’innovation notamment, est en mesure de développer des technologies de données qui pourront permettre, à terme, de lutter contre le réchauffement climatique grâce aux algorithmes.

Mais pour aller plus loin, pour amorcer véritablement cette transition, il semblerait que les entreprises aient aussi besoin de signaux politiques forts. Pourtant, de nombreux militants dénoncent aujourd’hui une inaction du gouvernement, évoquant notamment le manque de prise en compte de cet enjeu par les candidats à l’élection présidentielle.

Pour l’instant, les grandes entreprises mondiales sont elles aussi à la traîne en matière de climat, d’autant que les fournisseurs ne sont pas suffisamment incités à s’engager par leurs entreprises clientes. Certaines sortent heureusement du lot : c’est le cas de Danone et L’Oréal qui se classent parmi les 14 entreprises leaders sur l’environnement au niveau mondial.

Dans tous les cas, il s’agit de s’engager pour sa propre survie, car au-delà des risques de greenwashing, la menace qui repose sur les entreprises est réelle : il s’agit de s’adapter, ou de risquer de disparaître.

La rémunération

Au coeur de tous les débats

Le scandale qui touche le groupe de maisons de retraite ORPEA, s’il a mis en lumière de graves dysfonctionnements administratifs et financiers, a également relancé le débat sur la rémunération des dirigeants. Partout, il semblerait que la grogne monte sur le sujet des salaires. Trop élevés pour les dirigeants, trop bas pour le reste des collaborateurs, l’écart salarial rapporté dans plusieurs études fait débat. Le manque de vision long terme et l’absence d’objectifs en faveur du bien commun dans le calcul de la rémunération des dirigeants sont également dénoncés. C’est dans ce contexte que certains acteurs, comme l’eurodéputé Pascal Canfin, réclament l’indexation de la part de rémunération variable des dirigeants sur des critères ESG ou RSE. Il s’agirait en effet d’un levier efficace pour une meilleure prise en compte de l’impact de l’entreprise sur son environnement, mais il implique d’atteindre une maturité suffisante.

Côté salariés, avec l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat et le contexte sanitaire et social, depuis plusieurs mois les entreprises font face à des vagues de démission et peinent à recruter. Mais faut-il augmenter les salaires pour mieux recruter et fidéliser les collaborateurs ? Pas sûr, car selon une étude de Bain & Company, seul un salarié sur cinq positionne le salaire comme priorité dans le choix de son poste. Dans tous les cas, il semblerait qu’un dirigeant sur deux anticipe d’augmenter le salaire de ses collaborateurs en 2022

Enfin, la répartition des richesses entre salariés et actionnaires n’est toujours pas suffisamment équilibrée pour certains syndicats. Alors se pose naturellement la question de l’actionnariat salarié qui semble avoir notamment été démocratisé par la crise sanitaire. Et la France semble déjà se positionner comme le leader européen sur ce sujet puisqu’elle compte 3 millions d’actionnaires-salariés. Permettant d’attirer les talents et de les conserver, ce dispositif réconcilie les Français avec le capital et constitue également un levier de performance pour l’entreprise. Il gagnerait cependant à être simplifié, voire libéré, car il serait sans doute mieux exploité s’il était moins limité au niveau législatif

Réguler l’entreprise, réinventer le capitalisme

Le capitalisme contemporain repose sur l’idée que l’entreprise doit être la plus libre possible pour créer de la richesse et de l’innovation. Pourtant, depuis quelques années, la multiplicité des crises qui frappent les sociétés contemporaines, qu’elles soient environnementales ou sociales, nous incite à nous interroger sur la pertinence de ce modèle.

On le constate un peu plus chaque jour, ce paradigme peine à prendre en charge les grands défis du bien commun : la justice sociale, l’écologie, la résolution de nos problèmes collectifs. Aujourd’hui, la théorie du ruissellement, qui devait justifier la liberté absolue de l’entreprise, ne semble plus fonctionner. Selon Stephen Marglin professeur d’économie à l’Université d’Harvard, le capitalisme contemporain, si on ne l’encadre pas, serait incapable de gérer la transition vers la soutenabilité écologique, un vers une société plus juste.

Alors quelle solution face à ce constat ? Nombreux sont ceux qui, y compris chez les entrepreneurs, en appellent à des normes plus contraignantes, plus harmonisées, notamment sur les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance dans les entreprises. Chez les économistes, on prend progressivement conscience des insuffisances de la théorie du marché dérégulé, ce qui pousse à réinventer la discipline. Aujourd’hui, l’évolution des attentes sociétales et l’émergence de nouveaux enjeux participent à l’avènement d’un capitalisme des parties prenantes, qu’il faut désormais encadrer. Pour faire émerger une culture commune du bien commun dans le monde de l’entreprise, il faut d’urgence lui offrir des “béquilles régulatrices”, pour reprendre le terme de Pierre Charbonnier, professeur et chargé de recherche à Sciences Po et au CNRS.

C’est notamment ce que fait l’Europe en se positionnant à la tête de ce mouvement vers un système économique nouveau. En mettant en place de nouvelles normes sur les thématiques ESG, du devoir de vigilance, sur le reporting de données ESG, l’Europe montre qu’elle est en avance sur le monde anglo-saxon sur la responsabilité de l’entreprise et donc sur le capitalisme de demain. Elle montre aussi qu’il est temps pour l’entreprise de rendre des comptes, de se mettre au service de la société. En parallèle, de nombreux dirigeants réclament que l’on aille encore plus loin, en créant de nouveaux statuts pour l’entreprise, plus contraignants, comme l’entreprise à impact.

Aujourd’hui, le consensus fait son chemin, la prise de conscience se généralise, et c’est une bonne nouvelle car il faut remettre rapidement notre système économique sur les rails dont il s’est éloigné : ceux du bien commun.

Le Bonus du Bien Commun

Les tendances

Un concept : Et si le management s’inspirait des séries ? Il ne faut pas sous-estimer le rôle potentiel de la pop culture et notamment de la stratégie des géants Apple TV et Netflix pour faire avancer le débat sur les défis de la diversité et de l’inclusion en entreprise. Découvrez dans cet article ce que les séries nous apprennent sur la diversité des profils en entreprise.

Un livre : Dans L’Esprit de responsabilité, les quatre auteurs de cet ouvrage, tous membres du groupe Kea, entreprise à mission certifiée B Corp, ouvrent un débat sur le processus qui s’opère d’une vision économico-centrée de l’entreprise à un avenir économico-sociétal. L’objectif : saisir les véritables enjeux de l’esprit de responsabilité qui gagne actuellement nos sociétés. Ce livre offre ainsi des clés de lecture pour interpréter les bouleversements actuels car pour réussir sa mutation, l’entreprise n’a pas d’autre choix que de devenir plus politique, plus engagée dans la vie de la cité, mais en évitant le risque d’une dérive moralisatrice.

Un événement : Rendez-vous en mars et en avril aux Universités de l’Économie de Demain, l’événement des entrepreneurs et dirigeants engagés, avec 3 grandes éditions parisiennes et des étapes régionales partout en France qui ont réunis plus de 5 000 dirigeants et entrepreneurs engagés, mobilisé plus de 500 speakers et permis de publier 10 grandes propositions pour les présidentielles. Les prochaines étapes se feront à Marseille et Rennes. L’objectif : accélérer la dynamique d’engagement de toutes les entreprises et placer l’impact social et écologique au cœur des entreprises. 

Une école : La Paris School of Impact est la première école dédiée au management du développement durable et de l’impact. Son objectif est de former les managers à la prise de décisions responsables et durables dans un monde en pleine mutation grâce à une formation académique innovante, de solides connaissances commerciales et une compréhension approfondie du développement durable.

Un podcast : Dans le podcast Dernières limites, la journaliste Audrey Boehly mène l’enquête 50 ans après le rapport Meadows qui évaluait pour la première fois l’impact de l’activité humaine sur notre planète. En interrogeant des experts et des scientifiques, elle tente de répondre aux questions suivantes : a-t-on dépassé les limites planétaires ? Quelles sont les solutions pour bâtir un avenir où l’activité humaine n’épuiserait pas les ressources de notre seule planète ? Pour le premier épisode, découvrez l’interview de Dennis Meadows. 

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