L’actu du bien commun – juin 2022 (réservé aux membres d’Entreprise et Progrès)

Résumé de l’actu

L’actu du bien commun c’est l’actualité du leadership, de l’impact, de la raison d’être et bien d’autres sujets de bien commun décryptés pour vous. 

Retrouvez dans votre veille de juin un décryptage de l’actualité autour de trois thématiques clés : 

  • Finance verte : des espoirs aux illusions
  • Transition des entreprises : deux vents s’affrontent
  • Peut-on envisager une communication responsable ?

Finance verte : des espoirs aux illusions

« Les investisseurs n’ont pas besoin de s’inquiéter du changement climatique ». Cette phrase prononcée par le chargé d’investissement durable de la banque HSBC lors d’une conférence organisée par le Financial Times en a choqué plus d’un. Selon lui, les banques n’ont pas à se préoccuper des bouleversements liés au réchauffement climatique, aussi graves soient-ils, car ils n’auront pas d’impact sur la finance. Aujourd’hui suspendu de ses fonctions, Stuart Kirk a peut-être juste osé dire tout haut ce que la plupart des financiers pensent tout bas : la finance verte a-t-elle un sens ? 

L’enthousiasme semble pourtant conséquent autour de la finance verte, et pour cause : la valeur des actifs gérés par des fonds d’investissement « verts » ou « responsables », donc finançant des entreprises ou des projets dits « ESG », a presque doublé en un an. Une évolution majeure qui peut notamment s’expliquer par la préoccupation croissante des investisseurs pour les enjeux environnementaux et sociaux de nos économies

De fait, plusieurs banques dans le monde annoncent se positionner sur des objectifs ambitieux, notamment en lien avec l’impact carbone. La Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ), composée de détenteurs d’actifs, gestionnaires d’actifs, banques et assureurs, détient 130 000 milliards de dollars d’actifs. Ils s’efforceront de réduire à zéro les émissions résultant de leurs activités de prêt et d’investissement d’ici à 2050

Mais de plus en plus, des voix s’élèvent pour dénoncer les fausses promesses de la finance verte. Pour certains, le monde de la finance cherche à faire oublier sa dépendance aux énergies fossiles en se donnant une image plus « durable ». D’autres vont même jusqu’à qualifier ce système d’opportuniste et cynique. Et pour la Banque centrale européenne, les risques d’un verdissement de façade de la finance vont aller croissant. Il ne s’agirait ainsi que d’un leurre, elle serait même contreproductive. On peut prendre pour exemple le cas du Livret développement durable et solidaire (LDDS), réglementé par l’État et possédé par 24 millions de Français dont l’épargne n’est dirigée vers des projets écologiques qu’à hauteur de 10 % du montant déposé et seuls 5 % vers l’économie sociale et solidaire (ESS).

Alors la finance verte peut-elle réellement sauver l’environnement ? De quelle façon ? Pour Bertrand Badré, fondateur du fonds d’investissement Blue Like an Orange Sustainable Capital, « la finance est un outil qui ira là où on lui dit d’aller. Le changement doit être canalisé, en premier lieu grâce à la puissance publique, au travers de la réglementation, de la fiscalité, des normes, puis grâce au marché ». Une finance qui a donc besoin de l’aiguillon de la puissance publique pour avancer. Pour certains, la finance doit surtout servir de levier pour faire bouger les entreprises. De plus en plus de voix appellent par exemple à interdire les crédits aux entreprises dont les activités nuisent à la biodiversité ou émettent trop de carbone. Pour d’autres, il est urgent d’accélérer le taux de pénétration de la finance durable sur les marchés financiers et développer plus de projets dans ce sens. 

Dans tous les cas, pour être efficace et durable, la finance de demain sera éclairée ou ne sera pas

Transition des entreprises : deux vents s’affrontent

“La transition écologique se fera avec les entreprises, ou ne se fera pas”. Pour Jérôme Cohen, fondateur de l’agence ENGAGE, les entreprises doivent se reconnecter au vivant. Dans tous les cas, s’adapter à la transition écologique est une nécessité pour survivre.

Pourtant, aujourd’hui, dans le cadre de la transition, il semble que deux vents s’affrontent. Pour certains, il s’agit d’un grand bazar où l’on rencontre d’un côté des sociétés sincèrement engagées et de l’autre des entreprises plus opportunistes de la vague verte qui surfent sur le greenwashing. Pascal Canfin déplore à ce titre le nombre d’entreprises qui soutiennent l’action climatique, mais surtout chez les autres. Certains pas en arrière peuvent d’ailleurs être constatés. C’est le cas du gérant d’actifs BlackRock qui a récemment annoncé réduire son soutien aux résolutions d’actionnaires pro climat lors des assemblées générales annuelles, alors même qu’elle annonçait une posture dans le sens de la transition écologique de la finance il y a moins de 3 ans. 

Dans le même sens, plusieurs lois en faveur d’une prise en compte de l’impact environnemental des habitudes de consommation ont dû faire face à un intense lobbying, notamment pour la Loi Agec. Heureusement, un contre-mouvement existe et des voix s’élèvent contre les entreprises les moins engagées. Durant le mois de mai, plusieurs entreprises ont à ce titre vu leur assemblée générale perturbée par des militants. L’occasion de rappeler le rôle des entreprises, mais également de leurs actionnaires, dans la lutte contre le changement climatique.

Mais comment s’y retrouver parmi cette diversité d’entreprises aux maturités d’engagements très différentes ? Il est important de se positionner sur des normes applicables à tous pour évaluer, pour comparer, l’action des entreprises. Et pourquoi pas songer, en tant que collaborateur, à pousser sa propre entreprise à mener cette transition de l’intérieur

Peut-on envisager une communication responsable ?

82 % des consommateurs considèrent comme indispensable le fait que les marques réduisent ou du moins compensent l’impact de leurs campagnes. Et 52 % d’entre eux déclarent qu’ils seraient plus aptes à consommer un produit ou un service si une marque communiquait de façon responsable. Si s’engager est indispensable pour les entreprises, communiquer sur ces engagements l’est tout autant. 

Mais attention, communiquer comporte des risques, d’autant plus lorsque la transparence n’est pas au rendez-vous. Certaines entreprises en font régulièrement les frais, comme c’est le cas de plusieurs compagnies aériennes, évoquant souvent la notion de neutralité carbone quant à leurs activités, alors même que l’ADEME recommande d’être particulièrement vigilant sur l’utilisation de cette allégation. Taxées de greenwashing, de nombreuses entreprises voient leur réputation entachée.

La société civile s’empare ainsi de ce sujet et de nombreuses voix plus ou moins expertes s’élèvent contre les pratiques douteuses de communication. Qu’il s’agisse d’ONG ou de citoyens de plus en plus sensibilisés, la lutte contre le greenwashing s’organise. On parle même d’une résistance citoyenne. Des outils se développent également dans ce sens, avec par exemple la mise à disposition d’une application décryptant le niveau d’engagement écologique des grandes marques

Côté gouvernements, on voit la réglementation évoluer. Un décret publié en avril annonçait ainsi l’interdiction, à compter de 2023 de vanter un produit comme « neutre en carbone » dans la publicité sans expliciter son bilan carbone et les mesures de compensation éventuelles.

L’autorité européenne des marchés (ESMA) va d’ailleurs également s’y attaquer dans les deux ans qui viennent, suivant les traces des États-Unis dont la Securities and Exchange Commission (SEC) a présenté la semaine dernière son plan pour éradiquer l’écoblanchiment dans le secteur financier.

Alors comment communiquer sur ses engagements sans être taxé de greenwashing ? 

La communication, la publicité notamment, engendre de nombreux impacts au-delà de l’image de surconsommation qu’elle peut prôner. Il est important de prendre en compte cet impact également dans le cadre d’une communication responsable. Pour cela, la publicité, notamment, doit signer un pacte avec l’écologie

Le Bonus du Bien Commun

Les tendances

Un guide : Dans “Vers une entreprise à imp’actes”, Entreprise et Progrès dévoile 10 actes concrets, 10 leviers, 10 recommandations, pour permettre aux dirigeants et dirigeantes de trouver l’inspiration et l’énergie nécessaires pour avancer concrètement dans leurs réflexions et décisions sur le sujet de l’impact. Un guide pratique élaboré avec de nombreux experts afin d’explorer les nombreuses dimensions de l’impact. 

Un livre : Dans Greenwashing, Manuel pour dépolluer le débat public, trente-cinq scientifiques et spécialistes de ces questions révèlent les fausses promesses, les illusions rassurantes et les formes d’enfumage qui nous enferment dans des trajectoires insoutenables. Un moyen de s’armer face à une communication biaisée. 

Un podcast : Dans Changer les entreprises, changer le monde, découvrez ou redécouvrez des acteurs RSE et des entreprises engagées qui peuvent inspirer les entreprises et qui changent le monde. Ce podcast s’adresse à toutes et tous dans les entreprises qui souhaitent s’engager sur cette voie.

Un événement : Le NextGen Summer Camp qui se tiendra les 7 et 8 juillet aura pour thème « Vers l’entreprise régénératrice ». L’objectif : que les entreprises, en tant qu’Acteurs politiques, s’engagent dans l’amélioration de la société et de l’environnement, puisqu’elles sont aujourd’hui à la fois la source, et demain probablement, la solution aux enjeux des limites planétaires. Il s’agit lors de cet événement d’imaginer et mettre en œuvre les bases de nouvelles pratiques économiques.

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