Selon Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Echos pour comprendre la révolution de l’informatique que nous vivons aujourd’hui il faut comparer cette période avec d’autres bouleversements qui sont advenus précédemment, en l’occurrence ici avec la seconde révolution industrielle.

1ère étape

La 2ème révolution industrielle est une révolution de l’énergie. Elle commence avec la découverte de deux sources d’énergie : l’électricité et le pétrole. Ces deux sources permettent de continuer ce qui était fait auparavant mais autrement.

Ces deux sources ont permis de « démocratiser » la lumière (faite jusque-là de manière artisanale). En effet, l’électricité a permis l’avènement de l’ampoule électrique et le pétrole a permis de remplacer l’huile de baleine (se raréfiant) pour éclairer les lampadaires publics notamment.

La révolution de l’information – qui a débuté au milieu du 20ème siècle – c’est la même chose, c’est-à-dire de continuer à faire quelque chose qu’on savait faire auparavant mais de manière plus massive. Les premiers ordinateurs permettaient de faire des calculs de balistique plus puissants qu’auparavant.

2ème étape

Durant la révolution industrielle, la technique a permis aux sociétés de s’organiser différemment. L’électricité a permis l’avènement de l’ascenseur et le pétrole la voiture. Dorénavant les villes s’étendront en hauteur et de façon exponentiel en largeur.

Pour la révolution de l’information, avec internet, nous avons pu nous organiser autrement. Ça a commencé par la musique, puis les médias, le commerce, l’industrie financière…

3ème étape

C’est l’étape la plus profonde, qui change radicalement nos existences.

Pour la révolution industrielle, c’est celle qui a permis de fabriquer différemment, c’est la chaîne fordiste qui se développe car le moteur électrique permet alors de faire avancer le produit sur la chaîne.

Pour la révolution de l’information, c’est le Big Data, c’est-à-dire la capacité de traiter des informations de manière absolument massive. Cela provoque la nécessité de penser autrement. Dorénavant, les productions sont organisées autour du Big Data. L’activité devient maintenant souvent du traitement de l’information. Ce changement en cours va forcément fortement s’accélérer.

Dans l’entreprise de demain, nous aurons besoin de gens qui savent coopérer, des personnes qui ont des qualités individuelles qui ne seront pas estampillées par une école.

1ère question : j’ai le sentiment que le temps est une dimension absolument majeure.  Quand on est sur ce scénario du big data, est-il plausible d’imaginer qu’en 2020 la société générale licencie 60% de ses effectifs ?

JMV : Je suis passionné par une entreprise américaine qui fait de l’évaluation crédit à partir d’une facture téléphonique mensuelle. Sans toucher aux données personnelles, cette société établit un profil de crédit aussi efficace qu’une banque. Le fonds du métier des financiers c’est d’évaluer les risques. Donc techniquement cette entreprise représente une concurrence qui nécessite beaucoup moins de moyens, de personnels et de temps.

L’un des effets de cette révolution de l’information, c’est de démantibuler les chaînes de valeurs.

2ème question : que vont devenir les administrations publiques ?

En France quand on remet en cause l’action publique, on remet en cause l’Etat. La France est le seul pays qui s’est construit à ce point autour de son Etat. En France depuis plus d’un millénaire, l’Etat est central. Quand on touche à l’action de l’Etat, on touche à l’identité française. Donc, je pense que s’attaquer à « l’allègement » des administrations publiques françaises va s’avérer très difficile.

3ème question : comment un pays aussi étatiste peut-il s’adapter à un monde qui va devenir de plus en plus collaboratif ?

Pour moi ce changement viendra de la base, des collectivités locales au sens large. Nous assistons déjà à beaucoup d’expérimentation au niveau local, en France.

4ème question : cette évolution du travail que vous définissez ne va-t-elle pas nous amener à revenir sur le débat sur la réduction du temps de travail et le débat du partage du travail ?

On va sans doute aller vers une réduction du temps de travail, reste à savoir qui l’organise ? Comment ? Sur la répartition des revenus, j’ai la question, je n’ai pas la réponse. A Davos, beaucoup de chefs d’entreprise se rendant compte que ça ne peut pas continuer sont revenus sur cette question.

4ème question : vous avez dit qu’en ce qui concerne la production industrielle, que nous allons de plus en plus vers une multiplication des demandes individualisées, pouvez-vous développer cela ?

Ces nouvelles entreprises atteignent dorénavant très vite une taille mondiale mais avec une offre locale. Exemples d’Airbnb ou Uber, La production, l’offre est individualisée. On revient à une fabrication sur mesure comme la fabrication artisanale du moyen-âge. La fabrication est à la fois industrielle et sur-mesure. Exemple de l’imprimante 3D.

Conclusion

Clairement le travail tel qu’il s’organise, et qu’il va s’organiser de plus en plus demain, est automatisé. Je pense que les frontières de l’entreprise vont fortement bougées. Ford fonctionnait à une époque où les couts de transaction étaient très élevés ; ils le sont beaucoup moins aujourd’hui et la concurrence est multiple dans tous les domaines. Aujourd’hui toutes les entreprises ont intérêt à s’organiser de manière infiniment plus souples.

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