Article du 28 août 2015.

Arlette Grosskost en immersion

Préparation du budget, suivi des contrats, politique d’embauche… Arlette Grosskost a partagé pendant plusieurs jours la vie d’un dirigeant de TPE : Sébastien Schoenecker, patron de SID-Steiblé à Didenheim.
Tous les parlementaires, sénateurs comme députés, peuvent participer à cette initiative proposée par « Entreprise et progrès » avec le « Centre des jeunes dirigeants d’entreprise ». Pour l’Alsace, un seul parlementaire a répondu présent : Arlette Grosskost, député du Haut-Rhin. Elle a intégré pendant quelques jours l’équipe d’une TPE de sa circonscription, SID-Steiblé, une société filiale du groupe allemand Protego et spécialisée dans la protection des installations contre les risques d’accidents dans l’industrie chimique, pétrolière ou pharmaceutique.

« Nous sommes loin de la réalité du quotidien »

Pendant trois jours, Arlette Grosskost a vécu au rythme trépidant du jeune chef d’entreprise multitâche. Au moment du bilan, ils se sont déclarés « gagnant-gagnant ».
La députée fait ainsi son autocritique et celle des politiques : « on a l’impression de savoir beaucoup de choses. Moi-même, je siège à la commission des finances de l’Assemblée Nationale, à la commission de surveillance de la Caisse des dépôts. Mais là, je me suis heurtée aux vrais soucis et questionnements du chef d’entreprise, qui prévoit son budget, gère son carnet de commandes, s’occupe de la gestion du personnel, un sujet qui est au centre de la vie d’une TPE. Je me rends compte que même après avoir fait toutes les lois de finances, nous sommes loin de la réalité du quotidien. Mais il est important pour le politique de se remettre en question. Faire de la politique n’est pas que du carriérisme ».

Quant à Sébastien Schoenecker, il sort ravi de l’expérience : « nous avons eu un vrai échange, Mme Grosskost n’a pas été spectatrice dans les réunions mais véritablement acteur. Nous avons pu lui soumettre des besoins, lui faire comprendre la solitude du patron de TPE qui doit savoir tout faire. Nous avons eu de vrais échanges et des barrières sont tombées. »
La vingtaine de salariés de Sid-Steiblé, d’abord surprise par l’intrusion d’une personnalité politique a aussi révisé son jugement. « Il faudra encore débriefer avec eux, mais déjà ils apprécient qu’une femme politique vienne, écoute, dise qu’il existe des solutions. Le langage était vrai. L’image a changé positivement », analyse Sébastien Schoenecker.

Ne pas se contenter de discours et de couper de ruban

Et maintenant ? « Nos échanges ne s’arrêteront pas là », affirme Arlette Grosskost. J’ai vu qu’il y avait un décalage entre ce que le législateur invente, propose et l’information qui ne passe pas jusqu’au chef d’entreprise, ces aides auxquelles il n’a pas accès. J’aurai des éléments à communiquer et mon rôle sera plus actif à la commission des finances. Ces commissions sont pleines de gens intelligents, de gauche comme de droite, mais ont-ils tous la compréhension de la réalité d’une TPE ? J’admire le dirigeant d’une TPE qui doit être en pointe sur la technique, le management, les finances, la comptabilité ? »

Pour Sébastien Schoenecker, c’est le début d’un rapprochement avec le monde de l’entreprise. Le CJD, qu’il préside en Alsace, milite par exemple pour que les élèves des grandes écoles, dont l’école Polytechnique fassent des stages aussi dans de petites structures plutôt que de viser uniquement les grandes entreprises. Une demande pour le moment peu suivie d’effet.

De son côté, Arlette Grosskost va essayer d’entraîner ses collègues dans la même démarche : « Nous ne devons pas nous contenter de discours et de couper de ruban. Tout le monde doit se mouiller. » Elle propose même que ces quelques jours en immersion se transforment en… un mois obligatoire.

Arlette Grosskost en immersion