Article du Figaro économie paru le 11 mai 2015.

Les politiques aussi font leur stage en entreprise

Députés et sénateurs vont s’immerger quelques jours dans une société afin de mieux comprendre les contraintes des patrons.

Tous les élèves de troisième font désormais un stage de découverte de l’entreprise, pourquoi pas les politiques ?
Partant de ce constat, le think-tank Entreprise et Progrès propose pour la deuxième année consécutive aux parlementaires, tous partis confondus, de s’immerger dans la vie d’une entreprise, en suivant durant une semaine un chef d’entreprise dans son quotidien. Alors qu’ils étaient une vingtaine à tenter l’expérience l’an dernier, une centaine de députés et sénateurs devraient se prêter au jeu cette année. Valérie Pécresse, députée UMP des Yvelines, a ouvert la session en passant quatre jours chez Acces-Sit, une PME du Val-d’Oise. « Les parlementaires ont une connaissance et une compréhension de l’économie, mais n’en ont pas l’expérience. Avec ces stages, nous voulons qu’ils passent de la connaissance à l’expérience. Nous espérons qu’ainsi ils légiféreront de façon plus informée », explique Denis Terrien, président d’Entreprise et Progrès, qui travaille en partenariat avec le Centre des jeunes dirigeants (CJD) et son réseau de 4 500 entreprises. « Avec ces expériences en format « Vis ma Vie », nous espérons vivement contribuer au travail de simplification administrative entrepris par le gouvernement et favoriser la création d’emplois », observe Richard Thiriet, président du CJD.

Le dilemme quotidien du dirigeant L’objectif est de rapprocher décideurs politiques et dirigeants d’entreprise, deux mondes qui se connaissent peu. D’autant qu’en France seulement 10 % des élus sont issus du monde de l’entreprise, contre 25 % en Grande-Bretagne et 45 % aux États-Unis. « Bien sûr, les parlementaires voient des chefs d’entreprise dans leur permanence et visitent des entreprises dans leur circonscription. Mais là, ils sont mis en situation, ils vont vivre le dilemme quotidien du dirigeant : est-ce que je recrute ou pas ? Est-ce que j’investis ou non ? », dit Denis Terrien.

Preuve que l’initiative séduit, certains en redemandent tel Laurent Grandguillaume (député PS de Côte-d’Or). Après un stage chez Nature et Découvertes l’an dernier, il souhaite réitérer l’aventure dans une grande entreprise cette fois pour voir la différence. L’expérience fait des émules, à l’instar de Réseau Entreprendre, spécialiste de l’accompagnement à la création d’entreprise, qui ouvre également ses portes aux politiques. « Nous voulons sensibiliser les politiques à l’importance de l’accompagnement. Car si beaucoup de jeunes entreprises meurent avant leur troisième anniversaire, elles augmentent considérablement leurs chances de réussite en étant accompagnées », explique Gérard Leseur, président de Réseau Entreprendre, qui vient d’accueillir Monique Rabin, députée PS de Loire-Atlantique, deux jours en stage chez un de ses membres. « Tant mieux si une bonne idée est reprise par d’autres, estime Denis Terrien. On n’est jamais trop nombreux. Nous nous focalisons sur les parlementaires, mais d’autres peuvent aussi accueillir les maires et les conseillers généraux. »