L’Entreprise d’Après

Par André COUPET*, membre d’Entreprise et Progrès

Fragilité et Solidarité, voilà sans doute les deux mots clés qui résument nos réflexions et qui doivent nous inspirer dans nos perspectives pour aborder « l’après». Même si c’est avec humilité que nous devons essayer de recenser les changements que la crise sanitaire nous impose, il nous apparaît indispensable de nous tourner vers les chefs d’entreprises membres d’Entreprise et Progrès et vers les équipes dirigeantes du monde des affaires de notre pays, pour les entrainer dans la reconstruction d’un monde plus sûr, plus fraternel, plus sobre.

Les entreprises, notamment les PME, disposent d’un fabuleux capital de confiance sur lequel nous pouvons, nous devons compter. Elles sont au cœur de l’action, entre, d’un côté, l’Etat, nos institutions, les instances européennes… qui ont une importante feuille de route à accomplir et, de l’autre, les citoyens, qui auront à « se bouger », à devenir des consommateurs plus responsables, moins passifs. Les entreprises ont la mission de faire basculer notre économie dans un modèle humaniste, respectueux des équilibres fondamentaux, centré sur le souci du bien commun, sur la vie et le bonheur et beaucoup moins sur l’accumulation des biens et de la richesse.

Phase 1 : Redémarrer

Ceci étant dit, «l’après» se dessine en deux phases : Une phase de redémarrage pure et simple. Il faut remettre le moteur en route, produire, vendre, livrer… sortir la tête de l’eau ; en clair, remettre en état la capacité de l’entreprise à créer de la richesse. Or la création de richesse reprend tout son sens aujourd’hui, celui de créer des emplois, des emplois dignes, rémunérateurs et assurant le développement des talents.

Redémarrons sans remise en question fondamentale immédiate, mais avec 100% d’empathie envers les salariés, les clients et les fournisseurs, envers toutes celles et tous ceux qui ont souffert de la rupture. Faisons-le avec équité, justice, sans abus en matière de prix de vente, en aidant les fournisseurs dans leur trésorerie, et en communiquant prioritairement au niveau local et surtout de façon authentique.

Phase 2 : Réimaginer l’entreprise

Puis, il y aura, après cette remise en route, la phase de repositionnement de l’entreprise au carrefour de l’économie et de l’humanisme, au carrefour de la prospérité et de l’utilité sociale. Redevenons entrepreneurs ! Autour de deux grands changements : tout d’abord, écrivons avec toutes nos parties prenantes la raison d’être de notre entreprise, avec une proposition de valeur pour tous les acteurs, et, surtout, avec l’engagement d’être utile à la société, d’avoir une contribution forte et intelligente à la communauté, une raison d’être qui mobilisera tout le monde.

Deuxième changement : ouvrons le capital aux salariés de façon significative ; visons 10% pour changer la donne ! Avec eux, mettons en œuvre la raison d’être de l’entreprise ; redéfinissons la stratégie de l’entreprise ; imaginons une nouvelle offre, une offre dont la chaîne de valeur sera impérativement solide, sans dépendance excessive vis-à-vis de fournisseurs ou de sous-traitants incontrôlables ! Une stratégie où la mutualisation – «Faire avec les voisins» – sera le sésame de tous les programmes : avec les entreprises de la région, avec des associations, avec des ONG, avec, pourquoi pas, des concurrents !

Une stratégie qui réinventera l’échelle des rémunérations, en réévaluant les métiers de façon équitable.

Une stratégie fondée sur des valeurs humanistes : un peu moins d’individualisme, d’avidité et de cupidité, pour donner du champ à l’ouverture aux autres et à la solidarité. Pour que ces valeurs que l’on vient de redécouvrir s’inscrivent dans le quotidien.

Avec le concours de l’Etat

Beaucoup d’entreprises vont dans les prochains jours solliciter l’Etat pour garantir les prêts requis par la relance. Cette aide s’annonce massive ! Elle ne doit pas être neutre; elle peut éviter que tout reparte exactement comme avant, voire même qu’il y ait recul ; certaines entreprises ne risquent -elles pas de remettre en cause leurs engagements pour le climat ? Il nous semble donc impératif que, pour les entreprises de plus de 1000 salariés, l’aide de l’Etat soit conditionnée à la rédaction immédiate de leur raison d’être, avec écriture de 4 ou 5 engagements envers la société et les parties prenantes, dont celui d’ouvrir le capital aux salariés.

La mise en œuvre se fera en phase 2, mais l’entreprise aidée aurait chaque année à rendre des comptes sur l’avancée des engagements pour conserver les garanties de l’Etat pendant toute la durée du prêt.

L’entreprise d’après sera différente. Elle sera citoyenne, engagée. Elle n’aura pas le droit de décevoir nos espoirs, de manquer cette formidable opportunité de changement que nous procure cette crise sanitaire.

*André COUPET est Associé de PARIS MONTREAL CONSEIL et auteur du rapport « Vers une entreprise progressiste ».

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