Raison d’être, actionnariat salarié, emploi : 3 critères pour aider les entreprises

Marion Darrieutort (Présidente d’Elan-Edelman) et Antoine Lemarchand (Président de Nature et Découvertes), les coprésidents d’Entreprise et Progrès, abordent la question de la relance de l’économie et du soutien que le gouvernement devra apporter aux entreprises après le déconfinement.

Pour sortir de la crise du Covid-19, faudra-t-il d’abord sauver les entreprises ou l’environnement, protéger d’urgence les emplois et le climat ensuite seulement ? A ces mauvaises questions « d’avant », qui reviennent souvent ces jours-ci, il est possible d’apporter une bonne réponse : sauvons l’économie, préservons les entreprises, luttons pour l’environnement et enrayons le réchauffement climatique. En même temps mais sans  naïveté, en employant de manière sélective des instruments adaptés. La crise dote l’Etat d’un puissant levier de planification économique. A lui de l’utiliser pour redessiner une économie axée sur l’emploi  et un futur climatique souhaitable. 

Même quand il n’est pas actionnaire d’une entreprise, quelle soit grande ou petite, l’état peut et doit être auprès d’elle à la fois pompier et stratège. C’est son rôle. Faut-il soutenir toutes les entreprises en difficulté ou sélectionner ? Le discernement s’impose. Aucune entreprise viable ne doit être abandonnée par la collectivité à son sort mais l’état doit sanctuariser une partie de ses ressources – prêts garantis et chômage partiel prolongé – pour appuyer de manière substantielle et spécifique les entreprises qui ont emprunté avant les autres les axes stratégiques qu’il a fixés depuis longtemps : la transition énergétique et le renforcement du tissu productif.  

D’abord, donc, l’Etat doit aider en priorité les entreprises qui, dans le sillage de la loi Pacte, ont formulé clairement leur raison d’Etre, en y précisant à la fois leurs engagements de réduction d’émissions de Gaz à Effet de Serre et la part de leur chiffre d’affaires qui matérialisera cette raison d’être. Il s’agirait là d’une simple extension, aux entreprises sélectionnées, des obligations qu’impose l’Agence des participations de l’Etat (APE) aux entreprises dont l’état est actionnaire. 

Ensuite, l’état stratège doit faire un effort particulier pour aider à grandir les entreprises qui partagent leur capital avec leurs salariés. En ciblant celles qui consacrent au moins 10% de leur capital à de l’actionnariat salarié. En effet, les efforts énormes qu’il faudra consentir dans les années post Covid-19 ne pourront pas être récompensés par de l’inflation sur les salaires ou des primes, il faudra les rétribuer par l’inflation de la valeur actionnariale. Cette crise est l’occasion que nous attendons depuis des années d’installer l’actionnariat salarié comme un vecteur de développement dans toutes les entreprises.

Si ce seuil de 10% est franchi, nous recommandons de ramener temporairement à 0% le taux de contribution patronale, au lieu de 20% actuellement. Aujourd’hui, ce taux préférentiel est réservé aux PME européennes de moins de 250 salariés dont le chiffre d’affaires est inférieur à 50 millions d’euros. Ce ciblage ne fait pas sens quand on sait que l’emploi salarié est assuré à 53% par les ETI et les Grandes Entreprises, celles qui seront les plus à même de prospérer après le Covid-19. Rappelons qu’entre 2009 à 2015, les ETI ont créé un solde net de 337 500 emplois, loin devant les PME (96 000 k).  

Une économie qui réussit, c’est une économie qui se développe tout en créant de l’emploi, un vecteur capital d’accès à la dignité. C’est une cause nationale. Nous demandons donc à l’Etat de cibler en priorité les entreprises en croissance qui embauchent le plus, en pointant celles affichant une croissance de plus de 5 % à la fois de leur chiffre d’affaires et de leur masse salariale.  

Dans la phase de redémarrage qui va commencer, dans un contexte où vont s’accumuler sur le très long terme des dettes immenses, l’Etat doit au pays la clarté sur ses priorités. Pour être un partenaire économique efficace, il doit être solidaire immédiatement mais ferme sur ses choix stratégique. Une ère inédite s’ouvrirait alors pour l’économie. C’est le seul bon côté des crises. Bien accompagnées, elles permettent de basculer dans des logiques nouvelles.  

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