Quelle place pour le secteur mutualiste dans l’économie du bien commun ? Réponse avec Jean-Philippe Allory, Directeur du développement collectif Groupe de Vyv Exemplaire

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn
Partager sur whatsapp
WhatsApp

De plus en plus, la société attend des entreprises qu’elles œuvrent pour le bien commun. Dans ce contexte, les entreprises mutualistes offrent un modèle intéressant à suivre. Entre l’entreprise classique et l’entreprise de l’économie sociale et solidaire, les entreprises mutualistes proposent un mode de gouvernance démocratique unique qui cherche à mettre l’efficacité économique au service de la protection sociale. Tentons d’en savoir plus avec Jean-Philippe Allory, Directeur du développement collectif Groupe de Vyv, union regroupant les acteurs mutualistes de santé et de protection sociale.

Dans quelle mesure une entreprise mutualiste comme Vyv contribue-t-elle au bien commun ? 

J-P : L’idée que le capitalisme ne peut pas se contenter de créer du profit économique mais qu’il doive contribuer à produire de la richesse collective et du “bien commun” fait beaucoup parler ces dernières années. Mais pour le secteur mutualiste, cette conception de l’entreprise n’est pas nouvelle.

Dès leur origine, les mutuelles proposaient un mode d’entreprendre original visant à trouver dans le collectif des réponses pertinentes à des besoins sociaux qui n’étaient pas satisfaits par le système économique et social classique. Il s’agit donc dès le départ de participer à l’intérêt collectif.

En tant que groupe mutualiste, le groupe Vyv cherche évidemment à prolonger cette aspiration. Lorsque le groupe a été créé en 2017, c’est autour d’une ambition, une promesse : accompagner chacun en lui proposant des offres et services adaptés à sa situation, dans une relation de confiance basée sur la connaissance et la reconnaissance de la personne, ainsi que sur la recherche systématique du meilleur rapport qualité/prix dans l’accès au soin. Concrètement, nous cherchons à être de véritables entrepreneurs du mieux vivre autour de quatre piliers : l’assurance, le service, le soin et l’habitat. En ce sens, nous œuvrons dans notre cœur de métier pour l’intérêt général.

De plus, en tant qu’Union Mutualiste de Groupe (UMG), le groupe Vyv n’a pas d’actionnaires et ne fonctionne donc pas de la même façon qu’une entreprise classique. Nous ne travaillons pas avec l’objectif de rémunérer nos actionnaires ou de distribuer des dividendes : cela ne fait pas partie de notre raison d’être. En revanche, notre activité repose entièrement sur le concept de dividende social : l’ensemble de nos résultats sont réinjectés dans des missions d’intérêt général. 

Vyv contribue aussi au bien commun dans la mesure où nous gérons des missions d’intérêt public qui ne sont pas intégralement prises en compte par l’Etat comme l’accès à certains types de soins par exemple. C’est notamment le cas à propos du handicap mental, un sujet peu ou mal pris en charge en France. Nous tentons également de faire vivre le militantisme et d’assurer le processus démocratique en finançant des initiatives syndicales, patronales, locales, territoriales, liées à l’enfance, au grand âge, à l’égalité homme femme, etc. Tout ce que l’on fait, tout ce que l’on génère au quotidien, nous n’avons qu’une vocation, c’est de servir le bien commun au travers d’un certain nombre d’engagements.

Pourquoi peut-on considérer le secteur de la mutualité comme un précurseur de l’entreprise à mission ? 

J-P : Notre cœur de business, avant même de penser entreprise à mission, est écrit dans l’ADN mutualiste par le biais d’un code datant de 1945. Le Code de la Mutualité encadre l’objet social des mutuelles et prévoit qu’elles améliorent les conditions de vie de leurs membres. Ainsi, les mutuelles mènent, notamment au moyen des cotisations versées par leurs membres, une action de prévoyance, de solidarité et d’entraide, afin de contribuer au développement culturel, moral, intellectuel et physique de leurs membres et à l’amélioration de leurs conditions de vie. Elles sont gérées en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de leur activité. 

Dans notre cas, le choix du statut d’Union mutualiste de groupe pour le groupe Vyv illustre et renforce l’ambition sociétale des mutuelles qui l’ont fondée : une mise en commun des ressources et capacités de développement pour démultiplier l’impact des actions menées. Cela constitue une solidarité financière qui a du sens, à travers le concept de dividende social notamment. 

Par son organisation, sa réglementation, son action, la mutualité est donc un précurseur de l’entreprise à mission puisque le bien commun est un des fondements de son origine, c’est sa raison d’être. On pourrait même dire que le code mutualiste prévoyait déjà il y a plus de 80 ans ce que la Loi PACTE n’a acté qu’en 2019 avec le statut d’entreprise à mission.

Quels sont les enjeux pour le secteur de la mutualité dans l’après crise ? 

J-P : Il faut bien comprendre que ce n’est pas parce que nous avons un modèle mutualiste et tourné vers le bien commun que nous n’avons pas les défis d’une entreprise classique. Comme de nombreux secteurs, le secteur mutualiste est un secteur ultra concurrentiel et de plus en plus réglementé, notamment depuis les années 1990 et les directives assurances européennes ainsi que les directives solvabilité 1 et 2. C’est aussi ce qui nous a poussé à créer le groupe Vyv, afin de permettre à des acteurs mutualistes de grandes tailles de faire perdurer ce modèle mutualiste face à la concurrence. 

Dans le contexte de crise que l’on vit actuellement, ces préoccupations vont évidemment se renforcer. Mais en tant qu’acteurs du “mieux vivre”, impliqué dans les enjeux de santé, la crise a évidemment des conséquences profondes pour notre secteur, à la fois pour nos entreprises clientes et adhérents, dans une vision externe, et pour nos collaborateurs dans un cadre interne. 

Sur l’aspect externe, la principale thématique que nous avons constatée pendant le premier confinement est la montée de l’isolement : des personnes qui ne se soignent plus car ne peuvent pas ou ne veulent pas aller à l’hôpital, par peur, des personnes qui ne peuvent plus travailler et qui ont besoin de leur assurance prévoyance pour fonctionner. Dans ce contexte, notre rôle est et sera d’accompagner les plus fragiles en s’assurant que ces personnes soient bien soignées. Un autre sujet a émergé, c’est l’accompagnement face aux conséquences de la crise économique : accompagner les entreprises en difficulté, gérer la prévoyance, les difficultés de paiement, à une échelle inédite.

En interne, les enjeux pour le groupe Vyv sont également nombreux. Il y a notamment la perte d’attractivité des métiers de la santé : c’est notamment le cas des infirmières et infirmiers qui ne souhaitent plus exercer dans le contexte actuel. Il s’agit alors pour nous de maintenir l’attractivité du métier, en fondant notamment un socle social, une meilleure rémunération, qui soit une incitation au maintien à l’emploi, à l’acquisition de nouveaux talents. Également indispensable aujourd’hui, l’organisation de filières de formation permettrait de donner de la reconnaissance et d’offrir une chance de rejoindre nos équipes par le biais de formations intégralement financées par le groupe. Enfin, l’organisation du travail, qui rejoint toutes les entités du groupe, questionne la manière de piloter, contrôler ou manager le travail, en prenant en compte un nouvel enjeu qui se trouve être la mise en place élargie du télétravail. 

Pour tout cela, nous allons devoir travailler en étant très proche du terrain. Une entreprise mutualiste est un mouvement social, un mouvement de personnes qui se regroupent sous un collectif et qui ont souvent comme origine les territoires. Aujourd’hui nous travaillons avec des associations locales et partenaires pour demeurer, pendant ce temps de crise, au plus près de nos adhérents et clients.

Il y aura donc de nombreux défis, mais c’est aussi ce qui fait partie de l’ADN d’un groupe mutualiste comme le nôtre : résoudre les défis collectifs et contribuer à faire progresser la société.

Plus d'articles

Nathalie Gimenes, membre du conseil scientifique d’Entreprise et Progrès, était présente sur le plateau de Xerfi Canal pour présenter les 10 indices pour une raison d’être transformative

Pour rappel, grâce à une étude économétrique et une série d’entretiens auprès des entreprises du SBF 120, nous avons identifié 10 indices pour une raison d’être transformative ; 10 critères caractéristiques pour mettre les entreprises sur le chemin de la raison d’être.

T L’Emission avec Gilles Boeuf et Marion Darrieutort

La transition environnementale et sociétale est plus que jamais au coeur de l’actualité des entreprises. Comment la réussir ? Comment faire en sorte qu’elle contribue dès aujourd’hui à créer un monde meilleur ? Autant de questions auxquelles ont répondu Marion Darrieutort, co-présidente du think-tank Entreprise et Progrès et Gilles Boeuf, biologiste et professeur à l’université Pierre-et-Marie Curie. Et si une économie de la sobriété était possible ? Réponse en vidéo dans T L’émission.

X

Nous utilisons des cookies afin de vous fournir une meilleure expérience de navigation. Vous pouvez également paramétrer les cookies.