La responsabilité des entreprises dans la prévention santé de leurs salariés

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Les salariés passent en moyenne 8 à 10 heures par jour au sein de leur entreprise, que ce soit au bureau ou, de plus en plus depuis un an, chez eux en télétravail. Entre les visioconférences, les deadlines professionnelles et les impératifs familiaux, le rôle de l’entreprise dans la prévention santé de ses salariés semble de plus en plus déterminant dans la préservation de la santé mentale et physique des salariés. 

Mais de quoi parlons-nous quand nous évoquons la prévention santé ? Avec la crise de la covid-19 et le recours massif au télétravail, quels sont les nouveaux enjeux en matière de risques psycho-sociaux, de dépressions, de douleurs physiques et mentales des salariés ? Et face à cela, quel est le rôle du dirigeant dans cette prévention ? Comment peut-il apporter des solutions au salarié pour améliorer sa santé mentale et physique ? 

Toutes ces questions ont été abordées à l’occasion d’un événement organisé par Entreprise et Progrès avec Michel Cymes, médecin et fondateur de Dr Good, Michèle Benzeno, directrice Générale de Webedia, Benjamin Brion, co-fondateur et Président de Moodwork, et Dr Margaux Gelin, docteure en Psychologie et Responsable du Pôle Recherche chez Moodwork et animé par Pierre-Yves Sanchis, fondateur de Youmatter. Zoom sur les grandes questions autour du thème de la prévention santé en entreprise dans cet article. 

Prévention santé : de quoi parle-t-on exactement ? 

À l’origine, le concept de “prévention santé” se référait surtout à l’aspect curatif et à la notion de thérapie. Aujourd’hui, au contraire, l’adage “mieux vaut prévenir que guérir” semble être de plus en plus appliqué par les entreprises qui prennent conscience de leur rôle dans le bien-être des salariés.

La prévention santé rapportée à l’entreprise représente “l’ensemble des dispositions à mettre en œuvre pour préserver la santé et la sécurité des salariés, améliorer les conditions de travail et tendre au bien-être au travail”. Il s’agit donc d’une obligation réglementaire : dans les faits, le code du travail oblige le dirigeant à mettre en place des actions de prévention physique et mentale pour ses salariés. Cependant il s’agit d’une obligation de moyens seulement. 

Pour le dirigeant, cette obligation offre plusieurs avantages dans la mesure où une prévention efficace a tendance à motiver les salariés, les rendre plus performants et peut améliorer les relations au sein d’une structure. 

Il existe trois types de prévention santé en entreprise : Une prévention primaire qui consiste globalement à former, informer et mettre en place des moyens pour agir sur les causes des risques professionnels, une prévention secondaire qui agit sur la situation problématique et une prévention tertiaire qui permet quant à elle d’agir sur les conséquences des risques professionnels. 

L’idéal en tant que dirigeant reste ici de se focaliser sur la prévention primaire afin d’agir en amont des difficultés, d’autant que les salariés semblent être en demande d’une meilleure prévention notamment concernant le stress. Dans l’observatoire de la santé psychologique au travail 2018, il avait notamment été relevé que 24 % des salariés étaient en état d’hyperstress, 52 % étaient à un niveau d’anxiété élevé et 6 % en dépression. Sur ces salariés interrogés, 62 % demandaient la mise en place de mesures efficaces contre le stress au travail. 

La prévention santé au travail fait partie depuis quelques années déjà des thématiques plébiscitées dans les entreprises, qu’il s’agisse d’une demande des salariés ou d’une préoccupation des dirigeants. Le sujet a d’ailleurs pris d’autant plus d’ampleur avec la crise sanitaire qui a fait évoluer les conditions de travail de nombreux salariés. 

La crise sanitaire bouleverse les habitudes de travail des salariés

La crise sanitaire liée à la Covid-19 a fait émerger de nouveaux points de tension liés à des conditions de travail adaptées à cette situation inédite de confinement. C’est par exemple le cas de l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle, de l’alimentation, de l’activité physique, du télétravail, du bien-être… 

Dans un baromètre publié en février 2020 par Webedia, 100 000 publications sur les réseaux sociaux et les forums ont été analysées afin de mieux cerner les préoccupations des Français. L’analyse n’a alors révélé que très peu de conversations sur le télétravail et sur la charge mentale. Un an plus tard, la même étude a été réactualisée montrant alors que les inquiétudes des salariés ont beaucoup évolué. Aujourd’hui, près de 20 % des publications reprennent le terme de “santé mentale”, une préoccupation qui s’est beaucoup développée avec la transformation récente des modes de travail. La quête de sens et l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle constituent également des sujets phares. 

Mais de quelles façons ces nouvelles habitudes de travail impactent-elles la santé physique et mentale des salariés ? Pour commencer, la santé physique se trouve influencée par deux facteurs : la sédentarité, c’est-à-dire le nombre d’heures passées assis, et l’inactivité physique, à savoir moins de 30 minutes d’efforts physiques quotidiens. Avec le télétravail, il est commun d’allonger les plages horaires et donc de rester assis plus longtemps ce qui peut causer des problèmes de santé. Par exemple, à partir de six heures assis par jour, le taux de mortalité est plus de 20 % supérieur par rapport à des personnes qui passent moins de trois heures assis par jour (étude de l’American Cancer Society). De la même façon, le manque de déplacements vers le bureau réduit grandement l’activité physique habituellement effectuée lors de ces trajets. Côté mental, la distance imposée coupe les salariés de leurs collègues et peut facilement créer des situations de détresse qui ne sont pas forcément remarquées par les managers.

Ainsi, les nouveaux modes de travail imposés par la crise sanitaire ont tendance à modifier les enjeux liés à la prévention santé des salariés. Le dirigeant doit ici s’adapter à de nouvelles contraintes. 

Comment le dirigeant peut-il agir concrètement pour la prévention santé de ses salariés dans ce contexte sanitaire ?

Avec la distance imposée par le confinement, il peut sembler compliqué de gérer la santé physique et mentale de ses salariés. Pourtant, aujourd’hui plus que jamais, les difficultés se font sentir et le sujet du burnout est particulièrement présent. 

Pour gérer ces nouveaux enjeux, la sensibilisation, l’information et la formation constituent des étapes clés à envisager afin de penser une stratégie efficace de prévention santé. Il s’agit en effet, pour commencer, de donner aux salariés les moyens de détecter les situations de détresse en mettant à disposition des ressources d’information spécifiques à consulter anonymement. Par la suite, l’entreprise peut tenter d’agir sur le niveau de stress des collaborateurs en proposant des conférences permettant de casser les tabous sur la santé, d’évoquer des sujets plus graves, de libérer la parole grâce, etc. grâce à des témoignages. Cela offre également la possibilité de les recentrer sur du positif, de les impliquer. Par la suite, il est important de former l’ensemble de la hiérarchie, managers y compris, aux manières d’aborder les difficultés des salariés. 

Pour aider les salariés dans ce contexte, les dirigeants doivent s’emparer du digital pour assurer le maintien des relations professionnelles informelles. Cet outil permet en effet d’interagir au maximum avec des salariés en quête de contact et de sens. Enfin, le fait de faire intervenir des tiers de confiance (médecins, psychologues, experts santé…) lors de conférences en live, par exemple, offre un cadre rassurant et authentique pour le salarié. 

Les difficultés de tout type font partie de la vie d’une entreprise. L’objectif principal de la prévention santé réside néanmoins dans la capacité à fournir des moyens permettant à chacun d’être mieux préparé pour surmonter au mieux ces difficultés. Le dirigeant, s’il souhaite s’engager dans une stratégie de prévention efficace, doit maintenir un équilibre entre ce qui relève de la responsabilité de l’entreprise et ce qui relève de l’intimité du salarié.

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