Nous vivons le momentum démocratique des entreprises

Cette tribune signée par Marion Darrieutort, co-présidente d’Entreprise et Progrès et CEO de The Arcane, Christine Durroux, Senior Partner chez Kea & Partners et vice-présidente d’Entreprise et Progrès, ainsi que Patrick D’Humières, Président-fondateur d’Éco-learn et membre d’Entreprise et Progrès, a été publiée précédemment sur La Tribune le 14/03/22.

OPINION. La guerre en Ukraine oblige les entreprises à prendre des positions claires sur les enjeux de la démocratie. La pandémie a montré leurs capacités à mobiliser leur énergie et leurs ressources pour préserver leurs salariés, leur activité et leur environnement. Par Marion Darrieutort, co-présidente d’Entreprise et Progrès et présidente de The Arcane, Christine Durroux, vice-présidente d’Entreprise et Progrès et Asssocié Kéa Partners et Patrick d’Humières, membre d’Entreprise et Progrès, président d’Eco-Learn.

« Les tragédies de l’Histoire révèlent les grands Hommes », jugeait l’écrivain résistant et académicien Maurice Druon. Depuis le 24 février dernier et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’Histoire livre une nouvelle tragédie à laquelle chacun, homme et femme, doit faire face. Ce qui est nouveau dans l’époque que nous traversons, et ce fut déjà le cas avec la pandémie de Covid-19, c’est que les tragédies de l’Histoire interpellent aussi les entreprises.

Doivent-elles rester sourdes à ce qui se passe autour d’elles ou bien doivent-elles être au rendez-vous ?

Rester ou quitter la Russie ?

Notre conviction est évidemment qu’elles ont le devoir de prendre la mesure du désordre géopolitique qui est en train de se nouer sous nos yeux. Pertes de revenus pour de nombreuses populations, renchérissement des coûts des matières premières, évidemment, mais surtout interpellation des entreprises sur ce qu’elles doivent ou non décider quant à leur présence en Russie. Chacune doit juger ce qui est bon pour elle et pour sa situation économique, forcément.

Cependant, l’ampleur inédite de l’événement invite tous les acteurs économiques à se mobiliser pour rappeler avec force et vigueur que les valeurs d’humanisme et d’égalité l’emportent sur toute considération matérielle et qu’elles fondent plus que jamais le projet européen pour passer d’une finalité de marché à un projet d’Union qui a un sens pour l’avenir et la dignité de tous les citoyens.

La mondialisation des échanges a créé une prospérité inédite pour nos entreprises et démontré, si besoin en était, les liens réels entre démocratie et marché. Elle charrie aussi avec elle des droits et devoirs, qui n’existaient pas vraiment, ou pas à cette échelle, dans les conflits du siècle dernier. Pour la plupart, les entreprises se sont aujourd’hui enfin saisies de la question de l’impact de leurs activités sur les ressources de la planète et ont pris le virage de l’impact positif. De la même façon, elles ne peuvent plus rester neutres face aux nouveaux défis démocratiques qui se posent, qu’il s’agisse de défis géopolitiques comme l’actualité vient de le rappeler brutalement, des nouvelles exigences sociétales sur des questions de race ou de genre, ou des liens aussi étroits que complexes et mal connus avec le monde politique. L’entreprise est à un tournant historique. Nous vivons le momentum démocratique des entreprises. Un momentum, comme une opportunité de marché, cela se prend sinon le risque est d’être supplanté par les concurrents.

Prendre position sur la démocratie

Acteur majeur de la société, l’entreprise peut prendre position sur la démocratie à travers ses actes, ses contributions, ses décisions. L’entreprise semble percevoir maintenant son pouvoir politique. La guerre en Ukraine l’oblige à faire des choix cruciaux. Terminée la neutralité confortable dans laquelle l’entreprise se drapait habituellement. Les sujets sont là. Nombreux : Georges Floyd, pandémie, Russie, diversité, etc.

Comment poser les termes du débat sereinement et avec méthode au sein de nos organisations ? Comment associer vraiment les parties prenantes ? Peut-on se cantonner au respect des règles juridiques et demeurer dans une forme de détachement qui a jusqu’alors été la norme dans le monde des affaires gouverné par le sacro-saint « Business is business » ?

Évidemment, non. Reste maintenant à définir le cadre dans lequel ces questions démocratiques peuvent être abordées ? Cela doit-il seulement incomber au dirigeant et à ses conseils ou au contraire être partagés à des degrés divers par l’ensemble des collaborateurs ? Notre conviction est double : non seulement les entreprises sont dans le monde et doivent absolument lui parler et lui répondre tout comme le monde et ses soubresauts leur parle en les interpellant sur leurs méthodes de production ou sur leur présence dans tel ou tel pays. Elles ont également devant elles le chantier de la démocratie au cœur même de leurs organisations. Dans leur gouvernance, évidemment, mais aussi plus largement sur la façon d’embarquer les collaborateurs sur ces questions cruciales. Et si les tragédies de l’Histoire révélaient, aussi, les grandes entreprises ?

LinkedIn
WhatsApp
Facebook
Twitter

Plus d'articles

Croissance : la fin d’un mythe ?

Il y a 50 ans, des chercheurs du MIT publiaient le rapport Meadows, qui déjà, alertait sur les risques d’une croissance exponentielle

X