D&I en France : face au backlash et à la polarisation, l’heure est à la résistance lucide

Après avoir exploré le leadership humaniste avec Hubert Joly et la transition écologique avec les dirigeants de Bel et BIC, le programme « Entreprise et Progrès entre en résistance » a abordé une troisième étape cruciale.

  • Résistance

L’engagement en faveur de la diversité et de l’inclusion (D&I) est-il menacé en France ? Tandis que le backlash américain fait vaciller certaines politiques internationales, Entreprise et Progrès a réuni dirigeants et experts pour tracer la voie d’une résistance pragmatique. Un débat riche en nuances, loin des dogmes, qui rappelle l’enjeu fondamental : la qualité du leadership et l’éthique de l’entreprise.

Le backlash est aussi en France mais il est subtil

L’idée d’une vague de rejet massive des politiques D&I en France, à l’image des États-Unis, fait débat. Cependant, les témoignages recueillis lors de cette rencontre indiquent un changement de climat significatif.

Chloé Torcol est responsable des communautés de l’AFMD (Association française des managers de la diversité). Elle a souligné une polarisation des discours au sein même des collectifs de travail, exacerbée par le discours public sur le « péril woke ». Pour les responsables D&I, cela se traduit par une « libération de la parole » qui prend la forme de propos décomplexés (racistes, sexistes, etc…) et, plus concrètement, par une baisse des budgets et un déplacement sémantique : certaines entreprises préfèrent désormais parler de « vivre ensemble » ou de « respect » pour éviter les frictions.

Vincent Perrotin (vice-président de notre think tank et directeur soutenabilité et engagement du groupe FDJ United), confirme l’impact du contexte global, notamment sur le lexique et la perception, et met en garde sur l’interruption des projets et des dynamiques de progrès. Il a rappelé l’arrêt de l’initiative gouvernementale visant à créer un index de la diversité des origines, un signal de stagnation.

Pourquoi la résistance doit être éthique

Un point central du débat, porté par Olivier Sibony (professeur à HEC Paris), a bousculé le discours dominant. Il a fermement contesté l’argument du « business case » : celui qui prétend qu’il existe un lien de causalité prouvé entre diversité et performance économique globale.

« Il n’y a pas de recherche académique sérieuse qui établit un lien entre la diversité et la performance économique globale de l’entreprise. Utiliser de mauvais arguments dessert toujours sa cause. »  Olivier Sibony

Pour Olivier Sibony, les entreprises doivent assumer que la D&I est avant tout un impératif éthique et légal. Le vrai levier stratégique est ailleurs : si seulement 10 % des patrons du CAC 40 sont des femmes, alors que d’autres secteurs (justice, médecine, politique) affichent des taux bien supérieurs, cela pose un problème non de diversité, mais de méritocratie et de qualité du leadership.

Le constat est sans appel : si un processus de sélection fait passer le taux de femmes de 50 % (au recrutement) à 10 % (au sommet), l’entreprise ne sélectionne pas les meilleurs. Elle sélectionne des profils qui correspondent à des stéréotypes périmés. L’enjeu de la D&I est donc de garantir un leadership de meilleure qualité. Il faut changer la réalité pour que les mentalités évoluent.

La voie de la résistance : des processus concrets

Loin de l’idéologie, le débat s’est concentré sur les solutions pragmatiques pour résister au backlash et ancrer la D&I dans le quotidien des entreprises.

1. Remplacer les « formations aux biais » par le dialogue et les processus

Olivier Sibony a mis en lumière l’inefficacité, voire l’effet contre-productif, de certaines formations aux biais inconscients lorsqu’elles sont perçues comme accusatrices.

La solution réside dans le changement des processus de décision.

  • Recrutement : redéfinir les bassins de recrutement et les méthodes d’identification des talents.
  • Promotion : utiliser des critères d’évaluation factuels plutôt que des critères flous qui laissent la place aux stéréotypes.
  • Management : définir et former au « manager inclusif » qui est, par définition, un bon manager tout court (compétences d’écoute, capacité à faire grandir).

2. Adopter une approche systémique et long-terme

L’AFMD travaille à accompagner les managers et les Responsables Diversité et Inclusion dans un environnement non pas compliqué mais complexe, qui appelle des approches systémiques.

Chloé Torcol a insisté sur la nécessité d’un travail de diagnostic pour identifier les problématiques précises de l’entreprise et de penser l’impact sur un temps long (études longitudinales). De son côté, Vincent Perrotin (FDJ) a partagé des actions concrètes prouvant l’efficacité de la mesure et de l’ancrage.

  • Mesure : un baromètre diversité pour objectiver le sentiment d’inclusion (passé de 70 % à 75 % en deux ans), et mesurer l’impact direct des actions (comme l’engagement sur les questions LGBTQIA+).
  • Ancrage : labellisation (Label Alliance), critères de rémunération variable intégrant la D&I, et multiplication des réseaux affinitaires, une pratique dont la recherche confirme l’efficacité à créer des espaces de parole et d’appartenance.
  • Élargissement des combats : ne pas se limiter au genre et aux origines, mais inclure la question des seniors (contre le biais de l’âge) et la neurodiversité (troubles DYS), permettant ainsi à chacun de se sentir concerné par la « différence en entreprise ».

Dirigeants, rejoignez la résistance éclairée

La rencontre organisée par Entreprise et Progrès a démontré que l’heure n’est pas à l’immobilisme, mais à la résistance lucide et structurée. Face à la polarisation des discours et aux doutes qui s’installent, les entreprises ont besoin d’un lieu de débat nuancé et d’accès à des solutions concrètes.

Entreprise et Progrès, héritier d’une vision humaniste de l’entreprise depuis plus de 50 ans, est le think tank où les dirigeants peuvent :

  1. désamorcer la polarisation en échangeant sur des stratégies discursives efficaces ;
  2. affiner leur stratégie en s’appuyant sur les meilleures pratiques processus, plutôt que sur des outils inefficaces ;
  3. renforcer leur leadership en adoptant une approche éthique qui garantit la sélection des meilleurs talents à tous les niveaux.

La résistance n’est pas un repli, c’est une action éclairée. Rejoindre Entreprise et Progrès, c’est s’assurer l’accès à l’intelligence collective nécessaire pour transformer ces défis en opportunités stratégiques et continuer à porter le progrès social au cœur de l’entreprise.

Retrouvez notre dossier complet Entreprise et Progrès entre en résistance.

Pour contacter notre think tank : https://entrepriseprogres.com/nous-contacter/