L’entreprise face aux politiques : comment se positionner ?

Guerre en Ukraine, crise écologique et sociale, élections : toutes ces actualités poussent les entreprises à se préoccuper de leur rôle politique. Désormais, l’entreprise semble devoir prendre part aux grands débats politiques. Mais comment ? Quelle position adopter ? Quels sont les risques d’une implication des entreprises dans le monde politique ? 

Dans le cadre de nos réflexions autour de l’entreprise face aux nouveaux défis démocratiques, Entreprise et Progrès a reçu lors d’un atelier Éric Le Boucher, éditorialiste aux Échos, et Nicolas Théry, président du Crédit Mutuel et président de la Fédération Bancaire de France, pour nous aider à y voir plus clair. Retrouvez le résumé de ces échanges dans cet article.

L’entreprise doit prendre une position politique

Ces dernières années, de plus en plus d’acteurs attendent de l’entreprise qu’elle dépasse la seule rentabilité et s’implique dans les débats de la société, qu’elle revête un caractère plus engagé et plus citoyen. De nombreuses entreprises assument désormais cette position d’acteur de la société, s’échappant d’une position neutre et passive. 

Éric Le Boucher le rappelle : nous entrons dans une nouvelle ère. Nous avons atteint un niveau d’éveil qui n’existait pas il y a un siècle et demi. Les citoyens, de leur côté, ne semblent plus avoir confiance dans le système. Pour l’éditorialiste, il est nécessaire de rétablir le contrat social qui s’est effrité au fil des crises.

Avec le développement de la fonction RSE, l’émergence de la raison d’être ou le statut d’entreprise à mission, l’entreprise se retrouve au cœur de l’espace public, et doit prendre des positions sur des questions éthiques et sociales, dialoguer avec de nombreuses parties prenantes et prendre en compte l’ensemble de leurs besoins et revendications. Elle doit ainsi prendre position, à la lumière de ses valeurs assumées, sur les débats politiques, autant au niveau national qu’international. 

Prendre position, oui, mais à quel prix ?

L’entreprise doit prendre position tout en maîtrisant les risques. Le titre du livre d’Éric Le Boucher souligne bien que nous sommes dans une société au bord du barbarisme, une société fragmentée, bouleversée par la montée des populismes, affaiblissant ainsi le débat public. Les bonnes questions ne sont pas entendues et seules les mauvaises questions trouvent un écho. La fragilité de la presse est évidemment mise en cause dans ce constat, guidée par la course au sensationnel et réquisitionnée par un petit nombre de structures. Les réseaux sociaux complètent ce sombre tableau avec des informations mal sourcées, voire des fausses informations. 

Pourtant, dans une démocratie, une presse saine et de qualité est fondamentale car avant d’exprimer un avis, une idée, il est important de bien saisir l’enjeu, de comprendre le réel, souligne Nicolas Théry. Malheureusement, aujourd’hui, le débat public s’est éloigné du réel, la société ne conçoit le débat public que dans la confrontation des idées, des opinions, en se focalisant uniquement sur les aspects les plus négatifs. 

Difficile alors de s’exprimer dans ce contexte de débat public peu ouvert. Pour Éric Le Boucher, la parole des chefs d’entreprise s’en trouve détournée, ils ne sont pas entendus ou risquent de se faire attaquer de toutes parts. Ceux qui osent peuvent parfois en payer le prix fort, les conséquences réputationnelles étant fortes. 

Comment prendre la parole dans le débat politique ?

C’est en s’appuyant sur un positionnement clair que l’entreprise sera en mesure de participer au débat politique de manière efficace et moins risquée. Pour Nicolas Théry, il s’agit d’énoncer clairement ses valeurs, de faire preuve de transparence, de parvenir à articuler différents horizons, comme l’économie, sur du court terme, et les enjeux environnementaux et sociaux, sur du long terme.

Cela implique de redéfinir la répartition des pouvoirs. En effet, les entreprises ont une grande puissance, mais pour Nicolas Théry, elles doivent apprendre à voir plus large, à se projeter, à éviter les angles morts, à se poser des questions. Il expose également des solutions. Selon lui, il faut que les entreprises s’ouvrent au dialogue, avec le reste des parties prenantes, qu’elles redonnent du pouvoir aux salariés, par le biais de l’actionnariat salarié, mais aussi aux citoyens, quand elles prennent des décisions. 

Dans cette entreprise plus ouverte, le dirigeant doit incarner une figure de transparence, être dans l’action, explorer. Il doit représenter le défenseur d’une entreprise plus démocratique en résumé, garante d’une meilleure répartition du pouvoir, ajoute Éric Le Boucher.

Si l’entreprise, face aux politiques, doit s’ouvrir sur ces sujets et prendre la parole, elle doit tout de même rester à sa place pour éviter les dérives. Il ne s’agit pas d’orienter la démocratie mais plutôt de la défendre. L’État édicte les règles, construit les normes. L’entreprise doit ici accompagner le changement et peut également avancer là où l’État n’avance parfois pas suffisamment vite, tant qu’elle reste alignée avec les valeurs démocratiques

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