Reconnecter la croissance au réel

La croissance est-elle déconnectée du réel ? C’est une question pertinente au regard de l’état de notre système économique aujourd’hui. Produire sans nous préoccuper ni de l’épuisement des ressources, ni des limites planétaires, déconnecté des ressources naturelles, du vivant, des territoires, déconnecté de nos besoins. L’enjeu est donc aujourd’hui d’inverser la tendance. Comment alors penser une économie qui se reconnecte au vivant, au capital naturel ? Comment penser une économie ancrée dans les territoires, relocalisée, structurée sous forme d’écosystèmes de production résilients ? 

Après avoir abordé la fin du mythe de la croissance, puis les nouveaux modèles de croissance, pour ce troisième atelier de notre chantier de réflexion du 24 novembre 2022, nous creusons la question d’une économie reconnectée à la réalité de l’environnement et du social. Pour nous éclairer, Maud Sarda, co-fondatrice et présidente Label Emmaüs et Alexis Nollet, co-fondateur d’Ultérïa ont apporté leurs témoignages. Un entretien animé par  Albane Liger-Belair, directrice de l’innovation chez KPMG France et Benjamin Zimmer,  CEO de Silver Alliance.

Une économie qui doit se reconnecter au réel

Un des constats des crises actuelles est que la croissance telle que nous la connaissons, et de fait l’économie, sont détachées de la valeur réelle et d’une création de richesse autre que l’investissement financier. Dans une vision renouvelée de la croissance, il est nécessaire de la réorienter vers le bien commun, vers un lien aux territoires qui soit renforcé, avec plus de sens, où les valeurs sociales et environnementales sont au même plan que la valeur financière.

Au regard de ces éléments, une entreprise doit donc se demander quelle est sa valeur réelle, comment elle peut être actrice du bien commun et déterminer son impact autrement que par les aspects financiers.

Transformer les modèles pour plus de résilience  

Le modèle coopératif notamment, fonctionne sur des parts sociales et non des actions. L’aspect lié à la capitalisation est donc différent, mais incite à trouver un nouveau système d’investissement en part sociale ; les valeurs sociales et écologiques d’une entreprise peuvent en effet être calculées, il faut simplement réfléchir à de nouveaux indicateurs de mesure de valeur. Mesurer les aspects sociaux et environnementaux au même titre que les aspects financiers. 

Cela signifie une révolution des règles du jeu comptable : ainsi une comptabilité intégrée deviendrait la norme,  avec les externalités négatives d’une organisation qui doivent être prises en compte et payées. Les fonds à impact, avec des indicateurs sociaux et environnementaux sont également une piste pour renouveler la manière de calculer la croissance. 

L’engagement en entreprise passera par la coopération et l’impact

Si les liens entre les différents types d’organisation se renforcent, la prise de conscience dans les entreprises lucratives est encore trop légère. Les entreprises ne démontrent pas une franche accélération de leur engagement, d’autant plus que la partie sociale de la RSE est souvent mise de côté. Les entreprises à mission sociale ou écologique ont aussi besoin des voix des plus grandes entreprises, des entrepreneurs à succès qui seront assez audibles pour porter un message de changement. 

La logique partenariale prend alors tout son sens : le mécénat de compétences est une bonne manière de répondre aux besoins, ainsi que les fonds de dotation ou les contrats à impact social. 

Pour trouver des modèles plus vertueux et plus ancrés dans le réel, il faut tester, inspirer, ne pas forcément attendre d’être parfait pour commencer à créer des projets. Le but est d’ouvrir un éventail de possibilités, pour prendre sa place dans le spectre des entreprises et se faire rencontrer plusieurs mondes qui peuvent collaborer. Les « licornes à impact » sont en réalité déjà là, il faut leur donner les moyens de grandir !

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