Comment la finance peut-elle contribuer à l’émergence de nouveaux modèles de croissance ?
Après avoir échangé avec nos membres lors des trois ateliers précédents sur une définition de la croissance versus décroissance, puis sur les différents modèles de croissance d’entreprises inspirantes, nous nous sommes penché pour ce dernier atelier sur les aspects financiers, indispensables pour mettre en place ces nouveaux modèles de performance. Il y a énormément d’outils, […]
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Après avoir échangé avec nos membres lors des trois ateliers précédents sur une définition de la croissance versus décroissance, puis sur les différents modèles de croissance d’entreprises inspirantes, nous nous sommes penché pour ce dernier atelier sur les aspects financiers, indispensables pour mettre en place ces nouveaux modèles de performance.
Il y a énormément d’outils, du côté des régulateurs les choses bougent aussi, on parle de finance durable, de finance responsable, d’investissement à impact…. Mais difficile de s’y retrouver et d’avancer, d’autant plus qu’il n’y a pas encore de langage commun, universel. Alors comment mesurer différemment la valeur des entreprises pour accompagner les nouveaux modèles de croissance qui émergent ?
En exclusivité et face à une salle comble ce 18 janvier 2023, nos 4 invités ont apporté leurs éléments de réponse : Stéphane Bourbier, Founder & Managing Partner chez Asterion, Adrien de Crombrugghe, VC Impact à la Banque des Territoires, Jérémie Joos, Associé en charge des offres ESG chez KPMG, et Claire Dognin, Managing Director à Time for the Planet. Un atelier animé par Benjamin Zimmer, CEO de Silver Alliance, et Albane Liger-Belair, Head of Innovation chez KPMG France.
La lucrativité des nouveaux modèles bouleversée
Face à la rupture environnementale actuelle, la nécessité de changer les règles de prise de décision et de pilotage en entreprise devient nécessaire. La question de l’impact prend tout son sens, on ne peut plus prendre de décisions uniquement sur la base de l’investissement financier. Si on parle de la “licence to operate” avec notamment le reporting, avec l’objectif d’harmoniser le dialogue entre organisations et investisseurs, la question qui émerge est désormais la “licence to win” : comment se distinguer des concurrents, comment limiter son impact négatif et maximiser son impact positif ?
Pour cela il faut identifier et mesurer ses externalités, donc rapprocher la finance et la création de valeur, en faisant un arbitrage. La matérialité est donc cruciale pour poser les bons sujets mesurables, même s’il va de soi que cela ajoute de la complexité : ne serait-ce que le risque ou le bénéfice social que génère une entreprise est déjà compliqué à mesurer et à lier au modèle de l’entreprise. Néanmoins c’est une bonne vision de transition et de croissance juste pour une entreprise, il faut surtout voir la complexité du sujet dans sa globalité, avec l’ensemble des parties prenantes et ajuster la mission de l’entreprise.

L’enjeu de la mesure et de la récolte de donnée
L’enjeu de la mesure sur des indicateurs spécifiques est complexe, chaque structure étant différente. Il faut donc identifier de quoi on parle, si on prend le sujet social : par exemple le résultat d’insertion et la performance extra-financière. Le but est d’aligner l’intérêt entre les investisseurs et la direction stratégique, car la dissymétrie est présente entre les dirigeants et les fonds d’investissement.
On embarque donc forcément de la complexité, il faut ainsi une vision holistique, focaliser sur ce qui est matériel mais faire attention à tous les critères, penser l’interdépendance et penser aux effets induits : comment identifier dans une chaîne de création de valeur les décisions ESG. S’il faut partir de l’existant, avec ce qui est fiable et auditable, c’est néanmoins un changement de paradigme, de business model fort qui s’installe dans la durée : accepter le temps long est donc primordial.
Cela va de pair avec le soutien des nouvelles économies à impact, en injectant des capitaux pour faire bouger les structures à mission. Pour cela le besoin d’intermédiation est réel, les cartographie des fonds à impact sont indispensables (par exemple avec le Mouvement Impact France). En entreprise, il faut trouver des moyens pour faciliter la discussion pour déterminer ce qui est matériel dans le business model, sur quoi mettre l’effort. La question de la donnée pour capter l’information et sa structuration devient un sujet pressant.

La fiscalité écologique : mythe ou réalité ?
La fiscalité écologique est en fait déjà en place sous certaines formes, par exemple avec le sujet de l’eau. Il faut plutôt se demander comment la faire passer à une échelle plus grande.
Pour cela il faut impulser, structurer des filières, donc cela implique le rôle des pouvoirs publics, ce qui signifie poser la question du financement des actions publiques. La fiscalité est aussi liée à l’arbitraire du politique, et il ne faut pas oublier que le réglementaire est important, et les mouvements citoyens poussent le politique et le réglementaire vers une meilleure mesure de l’impact positif des organisations.

Pour atteindre une fiscalité plus écologique, il faut viser une performance intégrée, globale, finalement ne plus parler d’ESG et avoir des rapports globaux. Cela implique d’accepter une progression, il faut commencer petit, localement, accepter le temps long et investir durablement. C’est un “test and learn” qui doit lier toutes les parties prenantes.

C’est sur le sentiment d’un défi majeur mais crucial que le cycle de nos 4 ateliers du chantier de réflexion sur la croissance s’achève. Nous remercions chaleureusement nos membres et nos intervenants pour leur présence et leurs apports plein de sagesse. Un livrable viendra clôturer ce chantier, portant les réflexions du think tank E&P pour une croissance réinventée.
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