Démographie en France : comment les entreprises peuvent-elles relever le défi de la natalité ?

Dans le cadre de son nouveau chantier « L’entreprise face aux chocs démographiques » piloté par Laurence Peyraut et Jullien Brézun, Entreprise et Progrès a organisé une rencontre inaugurale avec Constance de Pélichy, députée et présidente de la mission d’information sur la natalité.

  • Démographie

L’analyse de Constance de Pélichy a révélé les causes structurelles de cette crise, ainsi que les leviers d’action pour les entreprises. La France fait face à un défi démographique majeur : une baisse de 25 % des naissances en 15 ans et un vieillissement accéléré de la population active. Ces transformations profondes bouleversent le marché du travail.

 

Un constat alarmant : la France perd son exception démographique

 

Quelques chiffres marquants

Depuis 2010, la France a vu son nombre de naissances chuter de 25 %, passant de 828 000 naissances en 2010 à 645 000 en 2025. Le taux de fécondité est désormais de 1,5 enfant par femme, rejoignant la moyenne européenne après avoir longtemps été un modèle en la matière.

Cette baisse ramène la France à son niveau de fécondité d’avant-guerre. Le baby-boom (1945-1975) apparaît désormais comme une exception historique : nous vivons la fin d’une parenthèse démographique unique.

Pourtant, le désir d’enfant reste stable : les Françaises et Français souhaitent toujours avoir 2,3 enfants en moyenne. Un écart croissant se creuse entre cette aspiration et la réalité, révélant des freins structurels qui pèsent sur les familles.

 

Un phénomène mondial, mais des solutions locales

Si la baisse de la natalité touche tous les pays du monde. Le continent africain reste une exception en nombre d’enfants par femme, mais son taux de fécondité diminue aussi (de 6,7 à 4,5 enfants par femme en 20 ans).

La conséquence directe est déjà visible : à partir de 2035, la concurrence pour attirer la main-d’œuvre qualifiée s’intensifiera.

Les causes de la baisse de la natalité en France

 

  1. Le logement : un frein majeur pour les classes moyennes
  • Prix des loyers multipliés par 2 en 20 ans
  • Prix de l’immobilier neuf x 2,4, avec une perte de 30 % de surface (soit 18 m² en moins sur 50 m²)
  • Inégalités socio-économiques : les femmes des classes moyennes (moins de 2 000 € par mois) ont à peine 1 enfant, contre plus de 2 pour les classes aisées et précaires.
  1. Les modes de garde : un système à bout de souffle
  • Pénurie d’assistantes maternelles : 40 à 50 % de départs à la retraite d’ici 2030-2032
  • Coût élevé malgré les aides de la CAF
  • Complexité administrative : 14 aides différentes et 5 types de congés (maternité, paternité, parental, etc.), rendant notre système illisible.
  1. La conciliation vie pro-vie perso : un désavantage pour les femmes
  • Pénalité de carrière : lors d’un congé maternité, les femmes voient leur progression stagner, tandis que les pères peuvent bénéficier d’une promotion.
  • Manque de flexibilité : horaires décalés, réunions tardives, absence de télétravail adapté.
  1. Les défis médicaux et sociétaux
  • 1 couple sur 4 en parcours de PMA, et un taux d’échec de près de 50 %
  • 4 % des naissances en France sont issues de la PMA (27 000 bébés en 2025).
  • 1 fausse couche sur 2 liée à la mauvaise qualité du sperme, un sujet encore tabou.
  • Crise du couple : les jeunes générations consomment les relations plutôt qu’elles ne les construisent dans la durée.

Les pistes pour relancer la natalité

 

Face à ce constat, Constance de Pélichy a formulé 8 propositions pour inverser la tendance, en insistant sur trois piliers : confiance, stabilité et lisibilité.

  1. Simplifier et renforcer les politiques familiales
  • Unifier les 14 aides familiales en un système plus lisible.
  • Stabiliser les dispositifs (pas de changements annuels).
  • Allonger et mieux rémunérer les congés parentaux

Exemple du modèle suédois : 240 jours indemnisés à 80 %, partageables entre parents.

  1. Impliquer les entreprises dans la parentalité

Les entreprises ont un rôle clé à jouer pour faciliter la conciliation vie professionnelle-vie familiale :

  • Flexibilité horaire : éviter les réunions tardives, généraliser le télétravail.
  • Temps partiel accompagné

Exemple de Danone : prise en charge des cotisations retraite pendant les périodes de temps partiel pour les jeunes parents.

  • Intégrer la parentalité dans la RSE : entretien RH systématique au retour de congé, augmentation automatique après un congé maternité.
  1. Briser les tabous et accompagner les parcours de parentalité
  • Sensibiliser sur l’infertilité et les causes environnementales.
  • Améliorer l’accès à la PMA et l’accompagnement psychologique.
  • Lutter contre les discriminations envers les enfants (interdiction des refus d’accès aux restaurants/hôtels).
  • Valoriser la paternité dans les médias et la publicité.

 

Démographie : un enjeu collectif pour les entreprises et la société

 

La baisse de la natalité n’est pas une fatalité

L’exemple allemand prouve qu’une politique volontariste peut inverser la tendance en quelques années. Depuis 2007, l’Allemagne a relevé son taux de fécondité de 1,28 à 1,52 grâce à des congés mieux rémunérés et un meilleur accès aux modes de garde.

Pour la France, l’objectif réaliste est une stabilisation entre 1,6 et 1,7 enfant par femme.

 

Le rôle des entreprises

  • Adapter leurs politiques RH pour soutenir la parentalité.
  • Dialoguer avec les pouvoirs publics pour des mesures plus lisibles.
  • Anticiper les besoins en main-d’œuvre face à la baisse des actifs à partir de 2033-2035 .

La démographie est un défi de long terme, mais les décisions prises aujourd’hui auront un impact sur l’innovation, la croissance et le financement des retraites dans les décennies à venir. Entreprises, État et société civile doivent agir ensemble pour construire un environnement plus favorable aux familles.

 

Cette première session a posé les bases d’une réflexion collective, qui se poursuivra à travers trois ateliers de co-construction avant une restitution finale. Parce que la démographie n’est pas qu’un enjeu macroéconomique : c’est un défi opérationnel pour les entreprises, qui doivent dès aujourd’hui repenser leurs pratiques RH, leurs modèles organisationnels et leurs stratégies de croissance.

 

Pour aller plus loin :

Rapport complet de la mission d’information sur la natalité : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/documents/cion-soc/l17n441910206_document.pdf